Famille et cité !

Famille et cité !
 petite plongée en vase clos
Chaque soir à 19 heures pétante, la famille Ramon réunie autour de la table de la salle à manger s´impatientait devant la télévision crachant ces divertissements débiles qui empêchaient malheureusement la fratrie de dialoguer alors que la mère s´activait en cuisine. En revanche, si l´un d´entre eux s´avisait de l´éteindre- impensable du reste car que pouvaient ils bien se raconter- pour justement profiter du seul moment de la journée où la famille était réunie alors un silence pesant inondait la pièce... Quelques minutes seulement avant de mettre les jambes sous la table, la mère de sa chambre donnant sur le terrain de jeux lançait son immuable : "-A table".
Les copains se moquaient gentiment d´eux  à chaque fois qu´ils quittaient le terrain  pour aller bouffer car les autres rentraient sans restrictions  particulière voire vers 20h30 simplement. Le père avait décrété cette règle de vie commune, loin des traditions espagnoles du reste où on dinait vers 21! Mais bon,  la discussion était close car il répétait sans cesse que le foyer n´était pas un hôtel. La justesse de sa remarque faisait sens pour la mère au fourneau;  pour une fois il était pragmatique, raisonnable.
Depuis leur plus  tendre enfance, il en allait de cet épisode contraignant les enfants à quitter le match pour le catéchisme ou les repas et par conséquent en d'autres termes, couper cours à leur passion!
En général, les enfants ingurgitaient leur repas en moins de 10 minutes pour justement fuir au plus vite la table et retourner à leur occupation reine :  le match de foot commencer bien plus tôt dans l´après midi. Les inconvénients prévisibles après un repas à la lance pierre étaient des diarrhées et mal de ventre chez eux, sujet á des soucis intestinaux. En effet, dans cette cité le foot avait régi la vie des enfants depuis leurs premiers pas or les devoirs et les révisions des leçons du jour devenaient superficiels  et avec les années cette cité était devenue une référence footballistique incontournable dans la région car les matchs inter cité étaient légion. Un copain de la cité organisait même des tournois avec des trophées á gagner moyennant une inscription modique pour les récompenses et donc le jeu était des plus sérieux mais en général bon enfant et ainsi créait  du sens et des liens amicaux forts avec d´autres cités du 9 3. Or la majorité de ces jeunes gens échouaient piteusement à l´école et les orientations débouchaient sur des CAP et autres diplômes de même niveau néanmoins ce fléau que l´on nomme aujourd´hui exclusion -discrimination concernait les enfants d´ouvriers qui dans les années 70 étaient 10% à pénétrer l´université. Personne n´appelait á l´époque le département 9 3 par ses chiffres car ce dernier était le 7 8 jusqu´au début des années 70 répondant au substantif Seine et Oise et non l´actuel Seine Saint Denis, d´autre part, personne ne consacrait « le communautarisme » fier en valeur absolue si ce n´est bien sûr l´appartenance à cette cité bénie des dieux du ballon rond, l´origine de chacun était finalement importante en leur sein en revanche l´appartenance à la cité représentait une identité affective. Le Foot donc, véritable institution á la même enseigne que l´école, voire avec plus de persévérance et d´assiduité dans l´implication, prenait une place prépondérante dans le quotidien de tout ces jeunes allant jusqu´à suivre les entraînements de leur club favori de D1 le Paris S/ germain voire parfois de l´équipe de France et pour cela ils devaient prendre le train de banlieue pour un périple de 1h 30 jusqu´à Saint germain en Laye, la banlieue aisée ouest, avec tout les risques inimaginables que cela comportait à l´instar des contrôleurs dans le train ;  un autre soucis majeur lors des rencontres officielles était de rentrer dans le stade du Parc des Princes, énorme soucoupe de béton prés de Boulogne, sans payer en passant sous les grilles métalliques et tranchantes du stade puis taper un sprint vers les escaliers et enfin escalader le mur de séparation afin d´être dans les gradins malgré le danger un exercice excitant. Ensuite á la mi temps du match, ils allaient s´installer à la tribune officielle en passant sous les grilles une fois de plus et sous le regard des gens bien pensant maudissant ces gamins tricheurs. Une fois, deux d´entre eux furent filmés brièvement dans la tribune d´honneur pour reprendre le vocabulaire adéquat. Donc, le lendemain à l´école tout le monde en parlait. Tant d´anecdotes croustillantes á conter dans ce stade fétiche de Paris où il était commun de rencontrer les hommes politiques supporteurs du PSG, artistes et autres personnages publics. Ces périples donnaient lieu á une organisation précise avec une visite au supermarché sur le chemin de la gare afin de piquer un peu de gruyère pour les uns car il piquait la langue selon les dires avec une certaine jouissance, pour la longue soirée de foot au stade. Ensuite, ils devaient chercher sur la chaussée aux abords de la gare les tickets valables- non compostés- de train car á l´époque le système était bien plus simple et archaïque au vu des conditions et restrictions actuelles sur le transi lien ou R.E.R.B. Ils étaient des spécialistes incollables et rêvaient pour beaucoup d´entre eux de devenir pro alors ils essayaient en vain de se faire remarquer par un improbable recruteur lors de sélections régionales avec leur club mais sans parents à leur coté pour les épauler, les soutenir et de surcroît sans relations, seule véritable possibilité de sortir du lot et de la banlieue, la passion qui les brûlaient de l´intérieur, resterait un rêve  en revanche de nos jours la situation est tout autre. Que restait il alors à ces jeunes banlieusards pour se consoler si ce n´est la radio afin de  suivre les commentaires de MM Vandroux ou Sacomano le vendredi soir, journée de championnat de France de 1 division, appelé de nos jours ligue 1 tout autant que la chaîne payante Canal+ qui n´existait pas et de toute façon qui aurait pu se payer une chaîne câblée quand la majorité d´entre eux survivait difficilement. Pas de voiture, pas de vacances en famille,la joie était simple et non matérielle et consistait á se rencontrer dehors pour taper dans la balle et à la nuit tombée palabrer sur les bancs du square, jouer á un jeux de société á la maison ou chez les copains.
La cité, véritable famille, avait créé des liens étroits entre les gamins qui formaient une deuxième grande fratrie que seuls les enfants des cités connaissaient car les autres , ceux des zones pavillonnaires n´avaient pas cette chance dans leur rue pour preuve certains des zones d´habitations privées venaient dans la cité pour se joindre à ce groupe bien soudé; par ailleurs les jeux étaient leur raison de vivre à l´instar de partie de ping pong dans les caves où une vingtaine de gamins se réunissaient pour jouer des heures à la lumière d´une ampoule  60 w autour d´une table, à vrai dire une planche de parpaing improvisée à cette fin. Finalement, la vie était simplement un jeu et cela quelque soit ce dernier. La folie des logos n´avait aucune emprise sur eux et de toute manière ils savaient pertinemment que leurs parents étaient bien incapable de débourser pour des conneries pareilles autant de fric surtout lorsqu´une famille se composait d´un minimum de 4 enfants toutefois le système D vieux comme le monde, leurs permettait quelques folies et toujours organisées comme la discipline rigoureuse de leur équipe de football de telle manière qu´ils débarquaient en nombre dans une boutique et repartaient chargés comme des bourriques car ils avaient des plans, des tuyaux sans risques bref ils chapardaient... Ils étaient insouciants et heureux de vivre ensemble avec la maman, personnage central du foyer. La société dans laquelle ce petit monde se lovait en banlieue était courtoise et solidaire et le flip de l´environnement extérieur restait insignifiant au regard d´aujourd´hui où les parents accompagnent les rejetons à l´école tous les jours par peur d´un malheur imprévisible alors qu´ils allaient dès l´age de six ans voire avant, seuls sur le chemin de l´école. Bien anecdotique et pourtant représentatif d´une époque révolue où la morale, les limites et les repères avaient encore un sens á leurs yeux. En revanche loin de moi la nostalgie d´un passé merveilleux et un présent pourri ; la société est en constante mutation avec le progrès technologique qui est censé amélioré le quotidien encore est il nécessaire de ne pas le fétichiser ; alors évitons d´idéaliser une époque.
Parfois la tristesse de constater que ces enfants étaient passés à coté d´un rêve qui aurait changé totalement leur vie, m´envahissait parce que les années 70 et début 80 logistiquement parlant n´offrait rien de comparable à l´actuel marché du ballon rond en matière de recrutement, de découverte de gamins des cités par des agents, véritable panier sans fond de virtuoses en devenir car ce sport s´est professionnalisé à outrance avec du fric dès la 5 division ; en somme la marchandisation de ce sport a déshumanisé  cette activité ludique avec pour conséquence terrible: jeunes footballeurs à l´ANPE cherche club.
Par ailleurs, le fait de se  retrouver entre copains alimentaient toujours les polémiques sur le monde du ballon avec ses commérages, polémiques, et les désaccords constant sur les qualités d´untel ou les frasques extra sportives d´un autre et enfin le manque de talent évident de certains,  et pourtant en ligue 1 ou en équipe de France, oui, il y a dans ce pays 60 millions de sélectionneurs …Du reste, seul sujet de conversation sans oublier les nanas naturellement,bref une certaine pauvreté intellectuelle dans la cité du ballon rond. Mais cette remarque n´est pas insultante, elle reflète l´état d´esprit d´un univers clos hermétique et de surcroît ignoré des faiseurs d´idées et du monde politique. Il n´y a aucune jalousie, mauvaise foi mais de simple remarques techniques corroborant l´opinion répandue d´une injustice flagrante que les enfants n´étaient égaux entre eux, dure réalité pour ces gamins déjà au fait des injustices républicaines…Rarement de telles discussions avaient lieu chez les Ramon et pour ponctuer chaque phrase, de  drôles de bruits s´échappaient toujours de la place du papa, coupant ainsi l´appétit de certains de ses rejetons qui ne pouvaient se résigner à l´idée de dîner avec un cochon doué de la parole. Mortelle étaient l´intensité, la tonalité de ses pêts en rafales tel un kalachnikov avec l´ajout de rôts graves comme un contre point subtile à la mélodie en b mineur qu´il jouait. M.Ramon était un orchestre á lui seul aussi, il les surprenait sans cesse avec une inventivité sonore restée inégalée à ce jour. Or il ne s´offusquait jamais ou s´en foutait magistralement de gêner qui que se soit à table. Piètre exemple á suivre mais les enfants riaient toujours de plus belle á chaque solo anal agrémenté de toux sèche et courte du pompier. Un régal pour les apprentis musicologue enfin le patriarche et sa gitane sans filtre se répandant sans vergogne á travers l´appartement devenu un cendrier froid représentait une image voire une identité. Combien de fois, un gamin trouvait un mégot flottant dans l´eau jaune des wc avec de surcroît des flaques jaunes à gauche du trône sur le linot. Il était bien incapable de pisser proprement et d´un jet dans la cuvette en revanche il était passer maître dans le tir á trois bandes ou billard français. Naturellement, il était inconcevable qu´il nettoyât après lui son chef d´œuvre ce qui révulsait totalement le reste de la famille.
Ensuite, sa femme maintenait la fratrie tout juste hors de l´eau par son travail infernal de maîtresse de maison s´occupant en fin de compte de ses mômes plus ceux des voisins toujours absents. L´enfer sur terre devait finalement ressembler à cette chienne de vie qu´elle menait sans la moindre complainte… Jamais, elle ne pensait á elle, voire à ce faire une petite folie non, d´abord ses enfants et puis après, malheureusement il n´y avait point d´après car la bourse était vide. En bonne catholique, elle se sacrifiait pour le bien être de sa famille, des autres, leur prodiguant soins et réconfort  et pourtant peu d´entre eux était vraiment reconnaissant d´un tel dévouement qui était tout naturel aux yeux des mâles ingrats de la famille. Peu importe, ses enfants étaient sa raison de vivre alors être heureux n´était pas bien compliqué, à quoi bon tant d´exigence puisque ce travail ne pouvait être qualifier de sacrifice.
A la puberté, Gérard l´aîné des Ramon, fan de J.Brown, un méchant acné l´obligeait á porter un petit duvet en guise de bouc constamment mis en boite pour sa  méchante pseudo barbe qui lui permettait de rentrer en boite le dimanche après midi car du haut de ses 15 ans, la tache restait toutefois ardue. Il portait des slips trop étroits agrémentées de quelques taches, souvenir d´une pollution nocturne torride en outre il gardait toujours sous son pyjama un slip usager de sa sœur qu´il avait chapardé du panier de linge sale qu´il reniflait avant de fantasmer sur le chemin du royaume des songes. Taille moyenne, cheveux  gras et court pas très branché car des épis rebelles empêchaient une coupe à son goût, un nez en trompette entre de beaux yeux gris vert, un jean  trop petit qui lui écrasait les couilles donnant un aspect comique à cette dégaine de latin lover. Il n´avait pas repris sa licence de foot dans son club car disait il,  le temps des amours était venu et trop ringard de continuer á faire le clown en hiver  sur un terrain de foot en short alors que le thermomètre ne dépassait pas les 2 ° celsius. Non merci !
Patrice, de deux ans son cadet, était corps et âme voué á sa passion de footeux et de supporter du PSG. Il était beau gosse et malgré son jeune age faisait de l´ombre á Gérard qui lui s´énervait au moindre écart du petit frère, prêt á l’ humilier frisant en vérité un cynisme crû. Non de dieu, Gérard allait lui montrer à ce petit morveux qui était le boss avec ses santiags  imitation croco et un coup de pointu dans l´anus lui passerait le goût de blaguer. Quelle douleur, aie aie !!! Sylviane la sœur jumelle de Patrice était un canon, une beauté bandante déjà très mûre pour son age physiquement s´entend car elle était vraiment conne comme pas deux, soit belle et ferme la, malheureusement le souffre douleur de ses frangins bien ingrats à son égard, en revanche, ses culottes étaient très cotées de Gérard le dégueulasse. Elle vivait péniblement sa puberté sans pouvoir profiter des joies de son age car le père lui interdisait de sortir aussi elle avait trouver la parade en s´inscrivant à un cours de dessin avec sa meilleur copine. L´autre subterfuge plein d´imagination, conduisait Sylviane et sa copine dans des boum le mercredi après midi haut lieu de drague et des premières cigarettes. En effet, il ne fallait pas passer pour une ou un ringard incapable de rouler une pelle et avec une clope au bec, on était très cool. De son coté, jamais, Gégé n´aurait pu se confesser en toute franchise avant sa confirmation et avouer à ce prêtre au regard malicieux l´amour incestueux qu´il vouait à sa soeur sans mourir de honte, depuis bien trop longtemps en vérité.
Les trois enfants semblaient à l´aise chez les Jolivet car les parents étaient constamment absents donc ils s´éclataient ensemble comme des petits fous avec gâteries et  sucreries mais surtout leurs voisins possédaient un nombre incroyable de jeux et une frangine sexy qui allumait Gérard si amouraché de Fabienne or il n´avait aucune chance et de surcroît il subissait toutes sortes de railleries et autres coups bas, pauvre Gégé. Les Jolivet donc avec un père artisan toujours loin de ses rejetons chiants à crever qu´il supportait de moins en moins avec de surcroît une femme si envahissante dotée d´un caractère de cochon, têtue et de surcroît « oberlehrerin » bref un cauchemar pour cet homme qui avait pris une maîtresse afin d´oublier sa boulette or en pareille situation sa baronne tout naturellement le trompait elle aussi ce qui expliquait leur absence continue tel un pacte tacite entre ces deux adultes. Par ailleurs la sœur et le frère, Laurent l´ introverti, étaient plus que ravis d´être seuls sans parents pour leur interdire de vivre alors qu´ils étaient déjà malgré leur jeunesse autonomes. Les parents étaient normands et votaient par tradition familiale à droite toute, conservateurs dans l´âme avec les derniers temps un vote sanction à l´extrême droite comme les Ramon l´entendaient dans leurs propos douteux, comparant les noirs à des singes à l´instar de Bob Marley chantant son tube « is this love » à la TV, un exemple parmi tant d´autres. Enfin, ces absences répétées les satisfaisaient justement pour éviter les foudres des copains qui leur reprochaient d´avoir des parents racistes et eux deux souffraient en silence de ces remarques blessantes or ils n´y pouvaient pas grand chose à vrai dire.
Cette relation de bon voisinage sur un pallier qu´il partageait depuis le début des années 70 se concrétisait par des soirées cartes et arrosées. A cette époque, les parents se rencontraient chez les uns ou les autres pour la belotte avec auparavant une bonne bouffe ce qui laissait aux enfants le loisir de vadrouiller d´un appartement à l´autre, de draguer vu la précocité de Gérard ou fabienne tandis que les frères Ramon trichaient inlassablement au pouilleux déshabilleur au détriment de Fabienne. Parfois une autre voisine, EIsa, montait jouer, incrédule  or les parents ne pouvaient s´imaginer les jeux coquins initier par Gérard très entreprenant dans la drague. Il pelotait EIsa à la poitrine exubérante pour son jeune age et la marquait à la culotte comme dans un match de foot dès qu´elle apparaissait dans son champ de vision, un vrai dog en chaleur  ce Gégé et peu importe le lieu !
Cependant, les adultes échangeaient les couples pour les jeux mais ils étaient plutôt pudiques dans leur relation à mille lieux de leurs enfants qui eux s´amusaient à spéculer sur un improbable échange de parents selon leurs humeurs  passagères. Rien d´exceptionnel en vérité étant donné le caractère impossible de «  madame je sais mieux que vous » employant des mots dont elle ignorait le sens mais elle ne pouvait s´empêcher d´épater la galerie du moins le croyait elle. En outre, les enfants Jolivet ne côtoyaient pas les autres gamins de la cité car leurs parents refusaient une mixité un peu trop colorée à leur goût voire de mauvaises fréquentations ce qui coupaient définitivement tout lien étroit avec la vie de la cité, à l´exception bien sûr des voisins  Ramón, originaires de la péninsule ibérique.
Malheureusement la vie de pallier connut un déclin croissant pour finalement se tarir tel une rivière à sec à l´adolescence des gamins. Pourquoi ? Mystère. On pourrait spéculer sur les raisons de la fracture d´une amitié datant du début des années 70 mais la vie est ainsi faite et il est impossible d´ordonner, commander une relation aussi les atomes étaient ils crochus, ainsi prévisible était le dénouement. Les enfants coupaient eux aussi les ponts et les Jolivet connurent des amis extérieurs á la cité avec notamment les scouts de France .Certainement un voeux des parents encore une fois, loin des noirs et arabes peuplant la cité et bien trop proche des Ramón, à leur goût.
Finis la drague en cachette dans les caves, les jeux coquins toujours pipés d´avance. Les frangins Ramón s´en foutaient totalement car les copines et copains ne manquaient jamais et ils trouvaient facilement quelques filles de la citer pour s´éclater d´une manière ou d´une autre.
Pendant de longs mois, la cave était le lieu branché pour draguer, jouer aux cartes, aux ping pong ou pour certains plus âgés se droguer et par la même occasion pisser, chier  alors on retrouvait parfois sur les murs gris des traces de pneus identiques á celles des culottes de mômes mal torcher, appétissant! Ce sont des scènes banales d´enfants de la cité surtout au moment des longues vacances d´été et de surcroît avec le Ramadan tombant au même moment, la vie de nuit dans le square prenait alors l´aspect d´une réunion intergénérationnelle bon enfant avec parfois des pâtisseries orientales données de bon cœur par les mamans magrébines ; ces soirées estivales sur les bancs s´éternisaient jusqu´à très tard dans la nuit car les joints tournaient pour les plus grands avec les innombrables histoires d´un Hassan très prolixe dans son rôle de conteur hors pair où pas une miette n´était perdue par l´ auditoire plié en quatre les larmes aux yeux. Le jeûne était un mois difficile l´été pour celles et ceux qui observaient pieusement l´un des piliers de l´islam par contre les gamins n´en avaient cure, donc un mois béni car la fête des papilles battait son plein et enfin il nous était permis de veiller très tard car il n´y avait pas d´école.
Ce monde merveilleux de l´enfance dans la cité changea pour notre plus grand malheur avec l´adolescence et le début des ennuis en tant que groupe avec les forces de l´ordre parce que l´age de l´innocence était révolu et la méfiance  la suspicion prirent le pas dans une confrontation asymétrique frisant sans cesse l´absurde.
Tout à coup en chacun de nous sommeillait un délinquant en puissance voilà ce que nous ressentions dans le regard des flics un peu trop arrogant et méprisant á notre goût derrière les vitres de leur voiture. Le plus choquant dans ce fait accompli restait l´obnubilation de la police envers ces grands gamins qui en tant que jeunes footballeurs  n´avaient aucune raison de se préoccuper des lois car ils n´étaient pas des délinquants car seuls ceux qui empruntent les voies sinueuses de la « criminalité » se préoccupent de la loi. Par ailleurs, les contrôles au faciès, l´aspect vestimentaire et enfin le nombre de jeunes regroupés sur le trottoir représentaient aux yeux des flics un jeu de famille ou un délit puisque ils s´arrêtaient toujours pour fouiller les poches, jeter un coup d´œil aux papiers alors qu´ils les connaissaient tous sur le bout des doigts voilà pourquoi je parlais de provocation, frisant selon moi le manque évident de pédagogie ou de doigté.  La jeunesse de ce quartier vit un quotidien d´une banalité ordinaire où la lutte contre la routine est l´ultime combat de chacun contre soi même et ses dérives les plus dangereuses surtout à  l´adolescence, période critique ; inutile de croquer une virée à Paris, ville lumière pour les touristes, et cité interdite aux banlieusards toujours refoulés de  lieux tels les pubs et discothèques. Ici la corrélation entre faciès  et sape est évidente car ils sont sans cesse stigmatisés et l´excuse hypocrite d´armoires á glace, agents de sécurité souvent issus de de banlieue travaillant pour des enfoirés racistes, vous répétant sans remords : « vous êtes membre du club, ou … ? » Les obligeaient à rentrer frustrés en banlieue car personne ne voulait de leur argent et surtout de leur présence, terrible d´avoir 16-18 ans dans ces conditions. Toutefois, consolation, il y avait une boite de nuit jouant soul R´B funk ouverte aux banlieusards arabes et noirs dans un parking du quartier de la Défense, sans commentaire…  D´autre part, le chômage augmentait et les plus grands tuaient le temps devant le café du quartier où très peu avaient un diplôme de niveau 4 voire 5 selon la charte interministérielle du ministère de l´éducation nationale alors un terme nouveau apparut dans la cité : «  le galérien  » ou la galère pour bien signifier le mortel ennui de leur condition de chômeur sans ressources et pour longtemps domicilié chez les parents.
A l´instant où nous mettions un pied hors de la maison , il était certain de subir un énième contrôle d´identité à l´intérieur même de notre quartier qui malheureusement jour après jour était victime de cambriolage en tout genre car un petit groupe de futur » petit Spagiarri « nous côtoyant et parfois tapant la balle menait une double activité un peu partout en banlieue à la recherche de larcins multiples, source de revenus malhonnête d´ailleurs il y avait une fierté chez ces jeunes d´être bad boy, cool. Cette période difficile de l´adolescence étaient un tremplin pour nombre d´entre ceux qui voulait de l´argent facile et néanmoins dangereux car la prison était en ligne de mire mais cela n´empêchait nullement les jeunes de s´enfoncer dans la délinquance. Il y avait de plus en plus de cambriolages en pleine après midi et l´atmosphère pourrissait à vue d´œil avec ces nouveaux venus loin de notre sensibilité footballistique, caractéristique spécifiquement local en sus des amis d´enfance traînant leur guêtre dans le quartier complètement à la dérive tournant aux produits codéinés pour soulager leur manque. L´héroïne faisait des ravages parmi les familles nombreuses démunies, éclatées et précaires où l´ infection par les seringues  voyait leur espérance de vie réduite à peau de chagrin. Dans certaine fratrie, quatre à cinq personnes sur huit mourraient, une véritable hécatombe conséquence logique de la misère humaine de l´exclusion sociale de ces familles empêtrées dans la merde jusqu´au cou.
Il y avait la famille Z. vivant dans une maison de taule indigne de la république française et pourtant elle végétait sur ce terrain où par jour de pluie on disposait des bassines en plastique sur le sol afin d´éviter une inondation. D´autre part, les premiers arrivés avaient à manger pour les autres, ceintures, loi du talion oblige. Mon dieu, quelle vie de chien ! les garçons étaient si endurcis que les coups ne leur faisaient plus rien, pas de complaintes non plus, la peine de voir les petites le ventre vide était horrible car leur yeux étaient éteints sans expression…Comment imaginer que ces enfants puissent un jour vivre confortablement, se construire sereinement des perspectives d´avenir lorsque la faim et les coups pleuvent au quotidien alors qu´un enfant est censé jouer á la poupée ou aux billes bref, l´insouciance est un mot sans signification concrète pour eux. L´amour n´existait point ou alors je n´en comprenais pas le sens. L´aîné était parti faire son service militaire en Algérie vu qu´il était né dans les années 50 et après son retour en France, il avait complètement disjoncté car il avait passé la plus part de son service militaire á Tindouf… Il vit ses cadets périr dans la durée, lui l´aîné et chef de famille malgré lui qui ne voulait pas de ses responsabilités. Il tomba accroc aux cachets, victime de ses propres nerfs et fit de nombreux séjours en psychiatrie á cause d´une violence incontrôlable,  de crise, voire de démence. Et pourtant ce jeune homme cultivé et intéressant avait un potentiel énorme or sa timidité et son manque de confiance en lui l´empêchait de se construire. Un jour, nous le visitions dans le parc de l´hôpital où une jeune femme elle aussi patiente vint nous tenir compagnie dans un délire total entraînant un fou rire continue de notre part or elle me trouvait très beau et s´attachait à moi sans que je sache comment ne pas lui causer de la tristesse alors je prenais le contre pied en l´embrassant tendrement pour un instant seulement,qui lui donna comme je le voyais une immense joie car elle était certaine d´avoir embrasser George Michael( chanteur de variété anglais- années 80).
 Mes amis bouche bé me demandaient pourquoi j´avais fait une chose pareille si négative pour elle selon eux alors que notre ami visité lui prenait fait et cause pour moi et estimait que ce baisé ne pouvait qu´être positif et un moment d´affection et de tendresse pour cette jeune femme « malade ». En outre, il est certain qu´une relation intime aurait aidé notre copain sur la voie de la guérison car l´amour est un antidote contre tous ces maux qui nous pourrissent la vie au quotidien, enfin je suppose…
Ce monde complexe de la psychiatrie ne me parlait absolument pas et à vrai dire me bloquait, ignorant que j´étais. En somme on peut affirmer sans pudeur que les maux des femmes et hommes d´ici bas sont la conséquence d´une existence tirée par les cheveux, amère et frustrante qui un jour déconnecta ces êtres de la réalité pour les plonger dans une sorte de névrose et il y a de quoi en décapiter plus d´un lorsque la vie s´acharne sur vous et votre entourage. Selon une autre école de pensée, ésotérique, à l´opposée du discours classique, « la maladie » serait une chance d´évoluer, aussi l´écoute de son corps reste le meilleur baromètre possible d´un bien être, d´une harmonie psychosomatique. Je voulais associer cet anecdote dans le contexte de la cité car elle est inhérente au parcours de celles et ceux plongés dans la précarité et n´est pas une surprise accidentelle mais l´une des conséquences prévisibles de cette misère ambiante de ces familles nombreuses de la cité, à la recherche d´une échappatoire sans une aide extérieur et ciblée des services sociaux, de professionnels de la santé, des directeurs d´école et des enseignants qui vivent au quotidien avec ses jeunes filles et garçons. Dans certains cas, il est bien plus facile et lâche de fermer les yeux jusqu´au jour où se produit le malheur…
Le plus étrange dans la relation intense qui liait ces jeunes gens se caractérisait par le chacun pour soi face à l´adversité subie bien souvent alors que l´individu était en général en retrait face au clan. J´ai beaucoup de mal á comprendre ce paradoxe de la vie de quartier, était ce partout pareil ? Ou spécifiquement de chez nous la cité du foot qui permit à nombre d´entre nous de ne pas finir au placard. Par ailleurs, la mairie par son service jeunesse ouvrit dans chaque cité une salle, spartiate, mais une avancée importante car un local voyait le jour pour la première fois à l´intérieur du quartier lequel était tenu par les jeunes. Deux éducateurs étaient chargés toutefois d´ouvrir cette permanence 3 heures par jour en soirée or la motivation était absente chez cette femme et cet homme qui étaient mal à l´aise parmi nous parce que nous la draguions continuellement pour son plus grand malheur alors elle fumait clopes sur clopes pendant que son collègue très politisé et ambitieux militant songeait déjà à un avenir radieux loin de sa tache présente des plus chiantes. Parfois, des  gens font des boulots qui ne leur parlent absolument pas et ils persistent sur cette voie alors qu´ils sont simplement à coté de leur pompes aussi nous décidions par un vote de nous séparer ou non de ces deux personnes et demandions en mairie un animateur motivé et dynamique. Un étudiant -Bashir – vacataire vint dix jours plus tard à notre rencontre et il nous plut tout de suite, le courant passait. Les moyens restaient cependant maigres mais nous avions tout de même un lieu de rencontre et non plus la rue, les halls, les abords du  centre commercial. La confiance était absente au service jeunesse à l´instar du refus d´un téléphone pour notre salle tout comme des projets jugés « fantaisiste », douteux, or  la règle était respectée mais nous étions  peu crédible à leurs yeux. Par ailleurs, quelques mois s´écoulaient lorsque notre premier animateur, le fainéant, était propulsé chef du service jeunesse ; l´opportuniste poursuivait son petit bonhomme de chemin vers les sphères dirigeantes avec sa carte du parti en poche. Il suffisait de bien sucer sans mordre. Oui, je suis odieux mais le cynisme, le mépris sont dans le petit monde de la politique communale un fait avéré.  Bien entendu, le pauvre Bashir n´eut pas le loisir de poursuivre son travail parmi nous car les responsables du service jeunesse ne lui renouvelèrent point son contrat donc leur confiance. Une fois de plus, nous manifestions notre opposition en mairie pour ce coup de Trafalgar, ce coup de couteau dans le dos. Nous devenions méchants vis à vis des soit disants responsables pour qui tout allait bien et qu´ils ne comprenaient pas notre attitude négative et improductive, je cite. L´idéalisme de nos 17 ans était réduit à néant tout comme l´utopie d´une société juste et égalitaire de notre 5 république ; véritable monarchie sous les dorures et lambris de l´Élysée où Dieu vivait dans un intolérable luxe alors qu´il n était que le 1 citoyen de France en fin de compte. Un tel privilège était inconcevable pour un suédois malheureusement nous étions des latins, poil au sein ! Finalement, la chanson « hexagone »de Renaud que nous reprenions en chœur à cette époque, nous renvoyait à notre condition de petites gens insignifiant. Notre échappatoire était le chichon, maigre consolation, fumant en hiver dans les halls des bâtiments et en été sur les bancs de notre cité. Putain de petit zizi, on délirait drôlement sur toutes les filles qu´on aurait jamais, sur les plans crevés, défaite après défaite on riait de notre propre destin de perdant pourtant on était des beaux gosses en survêtement Tacchini ou Lacoste merguez bref, l´apparence branchée  alors qu´en fait nous étions la risée des bourgeois parisiens lors de nos virées nocturnes. En réalité, nous inspirions à ces braves gens une peur bleue car ils ignoraient tout de nous, oui deux mondes distincts à 10 bornes du périphérique ; Et toujours la même chanson récurrente : -non messieurs, ce n´est pas possible est il nécessaire d´insister sur le tutoiement de ces gens à notre égard comme pour signifier notre statut inférieur de banlieusard. Des bribes de son funky nous parvenaient sur le trottoir alors que nous observions de jeunes filles et garçons entrer dans cette boite de nuit, la porte grande ouverte pour eux restait pour nous une pilule bien amère á avaler sans broncher parce que nous étions abattus par la discrimination voilà tout. Ainsi, nous roulions un joint et imaginions la vie parisienne  avec les yeux de touristes. Bientôt l´air que nous respirions ici bas nous serait peut être refusée, allez savoir…
Nous désirions o combien connaître ces touristes qui jamais ne venaient chez nous en banlieue. «  O misère pourquoi t´abats tu sur les pauvres gens » paroles qu´Abdou nous assenait constamment lorsque le monde se fermait devant nos pas ou partait en couille selon Abdou.
Cependant, notre travail d´information sur notre planéte-à l´instar des nuits á coller des affiches dans les villes alentours pour attirer le plus de personnes á nos soirées concert- portait ses fruits sous forme d´une reconnaissance  au niveau régionale.
Pour certains c´était le moyen, l´outil valorisant pour draguer, se gonfler devant les filles étonnées d´un tel travail associatif ou militantisme sociopolitique, bref la tchatche pouvait ouvrir les portes de certaines surprise party  hors de notre environnement donc une ouverture sur le monde mais l´essentiel était de dégorger le poireau comme disait Jamal et puis fantasmer en vain sur le sexe. Parce qu´ à la cité, la caille ne courrait pas les rues, á vrai dire nous avions parfois l´impression de vivre dans un monde sans femme, à part nos mères et sœurs bien sûr.
D´ailleurs l´adolescence  et les insultes, genre : fils de pute- ta mère la pute- etc., dont  l´ultime et inavouée intention était de blesser la fierté de l´autre dans ce petit monde clos. Naturellement, les plus futés d´entre eux ignoraient magistralement une telle bassesse et coupaient ainsi net l´attaque verbale minable, le contact physique dans une recherche de la bagarre était risqué pour les plus sages pas toujours courageux en fait. Ce petit monde de l´enfance  avait à bien des égards des similitudes avec le monde animal et la loi du plus fort avec les positions de soumission face à la brute, le cul en l´air, la queue entre les jambes ou encore se coucher devant le risque imminent. L´apprentissage au sein du clan n´était pas toujours de tout repos et finalement la sociabilité des gamins passait inéluctablement par une confrontation ou la fuite alors auquel cas, vous étiez cataloguer comme lâche et toujours l´insulte majeure : salope, petite pute, bref la fierté et virilité en prenaient un sacré coup dans l´aile.
Pauvre garçon celui qui était mis au ban du groupe, tête de turc sur laquelle le clan se défoulait impunément. Les enfants sont parfois monstrueux…
Finalement, l´évolution de tous ces gamins au sein de la cité obéit á des critères inhérent  au statut socio économique de la population. Ainsi,  il est presque prévisible sans trop se tromper d´imaginer un avenir des plus profanes d´une part dans l´orientation scolaire dite étude courte avec apprentissage puis stages de qualification avec á la clef un maigre salaire pour un travail parfois éreintant et d´autre part, la difficulté de s´extirper du cocon familial  avec son propre appartement, d´une auto pour bouger á sa guise sans restriction et enfin d´envisager une relation intime avec un ou une partenaire. L´amour  est  le stabilisateur par excellence des jeunes gens en revanche une fois les copains casés, ils ont tendance à oublier leur vie antérieur et fuient involontairement ou non leur passé.
Lorsque nous étions enfants puis adolescents le clan était á 95% masculin et dés lors que l´amour croisât notre chemin, la femme devint le centre d´intérêt et la tête du couple. Les garçons de la cité sont donc finalement dans leurs parcours respectifs restés plus ou moins en retrait  premièrement de la prise de décision au sein du clan et dans leur relation à la femme tout autant. La femme domine et mène les garçons par le bout du nez.
Les enfants des années 70 ont contribué à construire et souder une relation intime  entre les générations successives de toutes ces communautés même si aujourd´hui la physionomie de la cité a radicalement changé mais le football lui reste égal à lui même et contribue indéniablement à  l´apprentissage d´un mode de vie spécifiquement  banlieusard.
 La famille la cité et le ballon rond sont liés à vie pour le meilleur et le pire dans ce microcosme multiculturel faiseur de futur petit Zidane.
                                                                         
                Fin

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