manière de voir, une vision de l'intérieur
(...)Certes, le jeune banlieusard se contre fout de tout ce jargon inaudible. En général, il ne s’informe pas à l’exception des rubriques sportives. Il ne lit pas, à la maison il n'y a pas de livres ni même d'échange des idées donc le vocabulaire est restreint. En revanche, Il est obnubilé par les Marques car il veut lui aussi consommer mais ses poches sont vides. Il reste le «gezmer», la contrefaçon. Pablo cite Hanif Kureishi, romancier anglo-pakistanais décrivant dans «le bouddha de banlieue» cette vie ringarde banlieusarde londonienne qu‘il cherche à fuir! On peut transposer allègrement ses idées à la vie dans le 93: «seul ce que les autres voyaient importait(...)».Il ne se sent pas à sa place dans un pareil univers fait d' incivilité permanente, d'irrespect des êtres comme de l’environnement dans lequel tous vivent pourtant:«j’t’emmerde, ta mère elle suce des bites!». De telles paroles sortent tout simplement de la bouche de gamins de douze ans sur le chemin de l'école. A l’autre extrême de la chaîne, à dix kilomètres seulement de la cité, nous retrouvons d’autres gamins voire des adolescents de la bourgeoisie marocaine de Casa venus étudier à Paris pour faire une prépa aux grandes écoles; les jeunes des collèges et lycées parisiens intra-muros parlent un français léché. Il y a une frontière mentale et physique invisible qui séparent deux mondes distincts. Quelque chose ne tourne pas rond dans notre société. Ce phénomène est une sorte d'apartheid sociale économique et culturelle historiquement programmée dont la frontière symbolique est le périphérique.(...)

Commentaires