introduction de notre ouvrage " la crise de la succession de Muhammad, la trahison des compagnons?"
accessible sur la librairie de lulu.com voire dans la distribution globale internationnale
YouTube est un réseau social jouissant sur la toile d'une grande popularité tant pour l'information que le divertissement. L'internaute en tant que consommateur est aussi un diffuseur de contenu en puissance sans réelle contrainte significative si ce n’est la censure dès lors que le discours n´est pas politiquement correct...
C'est donc un outil de communication démocratique incontournable pour quiconque souhaite être vu et entendu. Toutefois, cette ouverture sur le monde et cette «liberté» d’expression données aux acteurs sociaux ne sont aucunement un gage de qualité des dites matières proposées et de leur intelligibilité.
A partir de cet état de fait, nous donnons à voir ce que les internautes disent de «monsieur islam», c’est à dire comment ils le font parler en son nom. Mais, surtout et avant tout, ce qu’ils disent de la succession de Muhammad ibn Abdallah objet de cette humble enquête. «Monsieur Islam» avec une majuscule fait les gros titres de l’actualité ces dernières décennies en occident. Nous avons compulsé colligé sur YouTube un panel de programmes traitant de la succession du prophète avec ses conséquences d’un point de vue religieux voire historique à partir des sources de la tradition sunnite. Or, nous remarquons qu´avec cette dernière, nous sommes constamment ramener sur le terrain de l´idéologie et donc de l´inévitable polémique.
Par ailleurs, on observe que les programmes de type académique se basent exclusivement sur la vision dite «orthodoxe» sunnite de l’histoire avec le point de vue orientaliste positiviste historiciste foncièrement encré dans les annales sur un ton rouge vif en dépit des progrès formidables des sciences sociales depuis les années 1960. Ces universitaires sont internationalement reconnus de leurs confrères pour leurs travaux dont certains ont fait date. D’autre part, il y a les nouveaux venus dans la recherche universitaire sur le fait religieux, l´islamologie dont certains de surcroît portent deux casquettes: universitaire et «manager du sacré» (curé, pasteur, imam, rabbin etc). Ils jouissent d’une grande écoute notamment sur la toile outre le fait de leur rôle non négligeable de nature éducative en tant qu´imam au sein de la communauté musulmane. En effet, ils sont avant tout des acteurs sociaux engagés dans le monde associatif politique culturel etc. Nous suggérons pour clore ce bref survol introductif de notre choix des sources utilisé sur YouTube un panel de séries TV religieuses dites «historiques» des débuts de «l’islam». Cet échantillon est en soi intéressant du fait de sa représentativité voire des différents courants de pensée au sein de l’islam pluriel. Ainsi, notre point de vue ne peut en aucun cas servir de mètre étalon pour définir un soi disant «Monsieur Islam».
Cependant, la tradition musulmane dite «orthodoxe» a concocté édifié un «récit mytho idéologique», des débuts de l’islam complètement apologétique anhistorique dans le sens où les compagnons du prophète sont devenus des infaillibles à prendre en modèle pour les croyantes et croyants qui n’ont malheureusement plus rien des protagonistes réels alors acteurs d’une histoire événementielle en milieu tribal mecquois mais surtout médinois. Ils sont par conséquent les représentants idéalisés de cet «islam authentique» ou «originel» comme nous l’entendons trop souvent de nos jours. Or, ce discours officiel est celui des «vainqueurs de l’histoire»; il est essentiel de l´avoir à l´esprit. En effet, il part ni plus ni moins de la théorie du fait accompli pour légitimer le pouvoir en place et construire ou reconstruire devrait on dire cette relecture islamique canonique. La succession de Muhammad ibn Abdallah est un fait de fondation. Or, rappelons que le mushaf, coran-livre, divulgue différents postulats théologiques dont les attributs du légataire légitime du prophète, son successeur.
Mohammed Arkoun énonçait ainsi ces critères:
-A: rida wa-jamma'a, agrément et accord unanime
-B: sabiqa, antériorité dans l'adhésion à l'islam
-C: qaraba, lien de parenté,
-D: wasiyya, disposition testamentaire
-E: nass, texte sacré/naql transmission fidèle des sources». Il ajoutait encore:
-«Or, le pouvoir de l'état en l'occurrence l’Omeyyade s'impose comme le résultat d'un rapport de force changeant; aussi, les paroles de Mu'awiya le confirment: «le califat revient à celui qui a lutté de manière juste pour l'obtenir et a réussi».
On ne peut être plus clair, l’usurpation est totale à tous les niveaux, depuis la mort du prophète lors de son agonie le fameux jeudi noir en passant par l’épisode de la Saqifa avec la prise de pouvoir par Abu Bakr et ´Umar.
On découvrira que ‘Umar reçoit le califat de son prédécesseur sans consultation ou shura. Enfin, ‘Uthman, le troisième calife dit «bien guidé» est élu à la tête de la jeune communauté des croyants suite à une pseudo consultation machiavélique dont les critères d’éligibilité furent entièrement décidés par ‘Umar avant de rendre son dernier soupir. ‘Ali sera finalement plébiscité calife après le meurtre de son prédécesseur par la population de Médine avec notamment des abstentions de sahaba de la communauté- sans toutefois que le nouveau calife, ´Ali ibn abi Talib, agisse alors de manière répressive contre les dits abstentionnistes comme ce fut le cas après la mort du prophète comme on le verra aux chapitres 5 et 6 - vingt cinq ans après la mort du prophète lequel l’avait pourtant consacré son successeur sur «ordre de dieu».
Un bref retour sur les postulats historiques anthropologiques sociologiques politiques du contexte médinois d’origine montrent in fine que les historiens musulmans des premiers siècles de l’hégire n’ont pas envisagé une analyse selon le principe de réalité historique critique (chapitres 1,2,4). En revanche, ils mirent en exergue l’aspect purement religieux apologétique de la geste prophétique magnifiant ainsi le prophète de l’islam dans le but surtout d’approfondir la foi de populations hétéroclites du vaste empire musulman lequel correspond à leur époque de rédaction des récits historiographiques. Nous parlons d’orthodoxie, c’est à dire, la vision officielle «étatique» (chapitre 3) laquelle n’en admet aucune autre. Autrement dit, nous sommes dans la sphère de l’idéologie de combat laquelle se veut exclusive, vraie et sacrée. Il appert qu’une connaissance même élémentaire du fait religieux du point de vue de l’anthropologie historique révèle les contradictions et autres incohérences de nombre de récits de la tradition dite sunnite d’une œuvre à l’autre, d’un auteur à l’autre, d’une époque à l’autre, d’une école de pensée à l’autre, au regard du seul coran; ce dernier est et reste le fondement de la foi musulmane. N’oublions pas par ailleurs que Muhammad est devenu à force de persévérance un leader politique une fois installé à Médine en ce 7 siècle du comput des nations.
L’histoire dite musulmane doit être donc relue avec les outils des sciences sociales renouvelées afin de dégager des jalons historico-critiques qui nous permettent d’une part, d’approfondir les travaux du passé voire de les réfuter et d’autre part, de consacrer une nouvelle herméneutique, certes hypothétique néanmoins, rationnelle et cohérente enfin, courageuse puisque l´on touche au sacré institutionnalisé. Elle s’inscrit de fait dans l’optique de cette société tribale arabe du 7 siècle laquelle obéit à des lois, des règles de vie ancestrales et autres particularismes socio-culturels à l’instar du mariage ou encore le rôle de la généalogie ou filiation de type agnatique etc...Par ailleurs, nous préférons la norme datable de 7 siècle plus précise à la notion d’antiquité tardive très tendance ces dernières années dans le milieu universitaire. Le coran s’inscrit complètement dans ce milieu tribal lequel fournit des informations de première main à décrypter; nous ne partageons nullement par conséquent la vision de Patricia Crone (†2015) sur le coran «qui serait un texte sans contexte» comme elle l’affirmait dans l’émission en sept parties d’Arte «Jésus dans le coran». A Yathrib rebaptisée Médine, deux grandes tribus arabes païennes cohabitent avec trois autres importantes tribus de confessions juives sur un espace géographique étagé en trois grandes zones d’habitations par clans et tribus alors qu’à Mekka une seule tribu occupait le territoire. De telles indications ne sont pas anodines car elles nous renseignent sur un état de fait changeant au fil des vingts années du ministère apostolique de Muhammad ibn Abdallah. La situation géostratégique privilégiée de Yathrib favoriserait rencontres échanges commerciaux et intellectuels; l’oasis se trouvait sur l’axe sud-nord de l’ancienne route de l’encens. La physionomie géographique et humaine de ce vaste territoire d’adoption pour les muhajirun, émigrés, a du reste évolué depuis l’époque de leur migration dix années plus tôt. Muhammad ibn Abdallah s’est finalement imposé comme un chef tribal en expulsant les tribus juives récalcitrantes qui manquèrent à leur parole ne respectant pas le pacte d’alliance qui les unissaient aux musulmans (outre la charte de Médine). Il est essentiel de comprendre ce fait sociologique d’ordre tribal. En effet, sans cet alibi solide toute action guerrière était vaine et surtout inimaginable. Il appert qu’à la mort du prophète les Aws et Khawarij veulent cueillir un fruit mûr en récupérant leur statut tribal initial outre qu’avec la disparition des tribus juives de Médine, une opportunité inespérée s’offrait à eux. Cependant, l’absence d’unité avérée déjà avant l’hégire entre ces deux grandes tribus fut un handicap lourd de conséquences politiques puisqu’ils devinrent de facto avec les califes de Médine au pouvoir pour l’essentiel d’entre eux, des acteurs relégués à des positions subalternes dans leur propre cité. Ces postulats plus politiques que religieux expliquent en partie la nature conflictuelle des relations inter-tribales à la mort de Muhammad au regard de l’évolution militaire opérée au fil des années par le prophète sur ce vaste territoire du Hijaz. En ce qui concerne les derniers jours de Muhammad dont le fameux «jeudi noir» dixit ibn Abbas, ils sont riches d’enseignements. En effet, ils nous dévoilent au grand jour les appétits de pouvoir de certains compagnons muhajirun et dans une moindre mesure les quelques ansar (alliés) qui s’étaient réunis à la saqifa des banu Sa’ida (khawarij) dont leur chef réclamait le pouvoir.
Par ailleurs, le mouvement déclaré de l’hypocrisie régulièrement dénoncé dans le coran sous le vocable des munafiqun (hypocrites) est relativement important et croissant à Médine.
L’historiographie musulmane est en dépit de son caractère foncièrement religieux riche d’enseignements notamment sur les récits de batailles, les tabaqat de Ibn Sa´d, le ta’rikh de Tabari ou bien les muruj adh-dhahab de Ma’sudi1...
Il est capital par ailleurs, de noter la diversité des temps et contextes où vécurent ces historiens musulmans médiévaux. Nous ressentons donc un malaise à mettre toutes ces œuvres dans un même panier de surcroît sur un même plan culturel, social, politique, religieux dont le seul point commun reste l’idéologie de combat.
Il appert que l’attitude des célèbres compagnons sur le champs de bataille, principalement les trois premiers califes, est soigneusement ignorée quand dans le même temps, une somme de détails insignifiante très croustillante est narrée.
Pourquoi une telle absence concernant les protagonistes cités ci-dessus? Pour la simple raison qu’ils s’avèrent être un excellent baromètre, une unité de mesure pour le coup implacable de leur islam donc de leur foi même en l’action de Muhammad et de son dieu. En effet, ils tournèrent les talons2 à maintes reprises laissant le prophète face à son destin en compagnie d’une poignée seulement de fidèles et loyaux sahaba tels ‘Ali ou encore Miqdad...On se rend compte en second lieu de l’absurdité de présupposés et autres topos de la tradition musulmane ultérieure tirés arbitrairement des témoignages oraux que sont dans l’absolu les akhbar (sg.khabar) alors qu’ils dégagent clairement des cheminements individuels des plus blâmables (anti coraniques et anti islamiques). Il est donc absurde et surtout incohérent de mettre tous les compagnons du prophète sur un même piédestal comme le fait le sunnisme et plus encore le wahhabisme en raison d’un hadith prophétique affirmant que dix d’entre eux en l’occurrence seraient promis au paradis. Le coran, en dépit de son caractère évasif, s’avère un recours incontournable, une véritable mise en garde contre toutes sortes de jugements à l’emporte pièce définitifs sur les compagnons. Le hadith rapporte: «O seigneurs mes compagnons! On répondra Tu ne sais pas ce qu´ils ont innové après toi»3. Je tiendrais les mêmes propos que le serviteur vertueux.» En Coran 5,117(...)Tant que je demeurai sur la terre, je pouvais témoigner contre eux; et lorsque tu as accomplis mes jours, tu avais les yeux sur eux et tu vois clairement toute chose(...)». C’est ce que nous allons découvrir au fil de cette enquête, de ces récits de la tradition musulmane sunnite et chiite dans une moindre mesure.
En effet, les historiens musulmans ont abondamment écrit sur le fameux jeudi noir, quatre jours avant le décès du prophète. Ibn Abbas se remémore cette tragédie en versant un flot continu de larmes, dit il. Il nomme cet incident le jour de «la grande calamité»; au-delà de sa porté historique symbolique et dramaturgique, cette expression recèle en elle-même la genèse et le destin conflictuels tragiques de l’islam naissant. Mais, c’est surtout la prise du pouvoir par le triumvirat du califat selon l’expression consacrée de Henri Lammens. En effet, les paroles de ‘Umar dans la chambre du prophète alors alité divulguent dans toute leur nudité d’une part, le manque de respect étonnant vis à vis du compagnon à l’article de la mort qui de surcroît est l’Envoyé de dieu, «homme chéri» de ses sujets n’ayant qu’eulogies à son égard selon le discours «orthodoxe». Or, les propos déplacés de ‘Umar ibn al Khattab: «l’homme délire»4 suite à la demande de Muhammad de lui apporter de quoi écrire pour rédiger son testament, donne soudain un tout autre aspect de cette «relation amoureuse». Les paroles peu amènes du compagnon causèrent une altercation entre parents et compagnons présents dans la pièce. Il appert dans les faits que ‘Umar a dévoilé ses vraies intentions à cet instant puisqu’il ajoutait dans la foulée: «nous avons le coran il nous suffit».
Ainsi, il ne voulait pas d’un testament écrit de ses dernières volontés politique et religieuse. C´est une évidence qui doit être dite et redite; en second lieu, la loyauté des compagnons envers leur leader est remise totalement en question quand ils pénètrent dans sa chambre ce fameux jeudi. En effet, le prophète deux jours plus tôt leur ordonna de rejoindre l’armée d’‘Usama à la périphérie de Médine. Or, ces derniers refusèrent par trois fois d’obtempérer aux ordres du chef5. Le coran ordonne pourtant aux sahaba d’obéir à dieu et à son prophète et ce à plusieurs reprises. Le professeur Jacqueline Chabbi fait observer d’un point de vue strictement anthropologique que la contrainte n’est pas de ce monde tribal; toutefois, l’islam naissant a subverti un mode coutumier alors entré en résistance. Par ailleurs, il appert que les hypocrites deviennent toujours plus entreprenant que se soit politiquement ou socialement jusqu’à la mort du prophète le lundi 28 du mois de saffar. Peu de temps avant cette dernière, Muhammad entendit soudain pour la prière de l´aube la voix d’abu Bakr retentir dans la mosquée ce qui l’obligea, porté par ses deux cousins6 ‘Ali et Ibn Abbas, à se traîner dans un piteux état jusqu’au minbar pour y déloger abu Bakr lequel n’était pas, encore une fois, censé être là mais avec l’armée d’Usama comme l´avait ordonné le prophète. Le sunnisme ultérieur7 imagina tout un scénario tiré par les cheveux s’appuyant sur des ahadith et akhbar faibles et contradictoires pour légitimer la théorie du fait accompli en l’occurrence, la succession au califat d’abu Bakr qui n’est rien d’autre qu’un «coup de force» sur le pouvoir dont la préméditation fut savamment orchestrée par des compagnons et leurs alliés tous plus opportunistes et arrivistes que loyaux. La raison critique et rationnelle est bien pénible à entendre pour une orthodoxie institutionnalisée bâtie sur une mytho histoire. Les faits de nature sociopolitique mettent en lumière une «causalité» qui ne laisse finalement plus aucune once de doute possible quant aux réelles intentions des uns et des autres durant cette période troublée des dernières semaines de la vie du prophète. On constate que les pièces du puzzle s’emboîtent parfaitement les unes dans les autres révélant ici une stratégie politique manifeste outre l’indifférence voire la peur ou simplement, les intérêts particuliers des uns et de l´autre, la lâcheté d’une majorité silencieuse acquiesçant à ce coup de force8. Le coran en dépit de sa ré-écriture ultérieure dénonce sans ambage cette hypocrisie cachée de nombreux sahaba toujours plus nombreux cherchant à défaire ce que Muhammad a patiemment construit durant les dix années de son ministère apostolique et politique à Médine. Bien des comportements peuvent laisser croire à une absence de foi véritable en dieu, son prophète car n´oublions pas que ces protagonistes sont avant tout pragmatiques. En effet, ils furent plus enclin selon l’expression coranique «à tourner les talons sur le champs de bataille» plutôt que de défendre cette cause noble et une foi chères à leur cœur.
Enfin, le hadith «vous ne savez pas ce qu’ils firent après Nous» dont la source première est coranique est un réquisitoire implacable à charge contre en premier lieu les principaux protagonistes9 de cette histoire qui trahirent d´une part Muhammad et son combat d´une vie pour subvertir sa société et dans un second temps le coran dès lors amputé des postulats éléments fondamentaux comme nous le verrons plus bas au fil de notre enquête. En effet, l´histoire témoigne de ce qui arriva à ahl ul bayt et par conséquent à Ali ibn abi Talib (le clan Hachémite) en l´écartant d´une part du pouvoir et d´autre part en leur réservant un destin inique10. Or, n’oublions pas que de leur coté, des ansar, alliés médinois du prophète s’étaient réunis «secrètement» à la mort de Muhammad dans le vestibule des banu Sa’ida pour aborder la situation à laquelle ils devaient faire face avec la mort du leader; ils sont en premier lieu chez eux, en second lieu ils sont les plus nombreux. Aussi, il leur faut couper l’herbe sous le pied des muhajirun.
Nous apporterons des éclaircissements à ce sujet dans le chapitre consacré à la succession. En outre, il est important d’ajouter que les deux grandes tribus arabes de Yathrib (Médine), les Aws et khasraj connaissent des relations conflictuelles depuis longtemps; d’ailleurs, leur dernière bataille est celle de Bu’âth seulement cinq ans avant l’hégire. C’est dire toute la complexité sociologique du milieu tribal d’adoption de Muhammad à Médine avec lequel il doit composer. Pour sa part, Muhammad ibn Abdallah est avant tout un membre de banu Hashim11 avant d’être considérer comme un fils de Quraych; nous songeons alors à l’importance fondamentale de la filiation au sujet de la succession du prophète, thème ô combien délicat qui fit couler beaucoup d’encre et causa d’innombrables pertes humaines.
En effet, du strict point de vue de l’anthropologie historique et sociologique, le fameux épisode de da´wat dhul ´ashira12 confirme à lui seul d’une part, l’absurdité voire la nullité de la vision «orthodoxe» sunnite sur la succession et d’autre part, il met en exergue le rôle et la fonction de la famille rapprochée au sein de cette société arabe tribale.
La passation du pouvoir ne peut que se faire en la personne de ‘Ali ibn abi Talib le plus proche parent voire le plus loyal compagnon de route du hachémite et ce 18 ans avant le fameux épisode de Ghadir Ghum. Le coran quant à lui contient nombre d’informations essentielles à la compréhension des débuts de l’islam en général. Or, tous les points cruciaux pouvant légitimer et prouver le pouvoir de ‘Ali seront magistralement omis par l’idéologie sunnite tant omeyyade qu´abbasside; toutefois, le coran reste l’unique source de référence fiable - en dépit de sa réécriture par l´idéologie de combat politico-religieuse des débuts- pour les historiens modernes face à un véritable puzzle. Les traditionnistes musulmans entreprirent un long et laborieux travail de rédaction du hadith lequel met de surcroît en lumière les circonstances de la révélation coranique (le hadith) dans des contextes différents tout au long des vingt années du ministère apostolique de Muhammad mais aussi, il permet de trier le vrai du faux dans cette masse incroyable de dits prophétiques.
Par ailleurs, on doit prendre en compte un fait culturel essentiel en histoire qui est le passage de l’oral à l’écrit avec tout ce que cela implique de bouleversements linguistiques épistémologiques sémantiques. En règle générale, tout texte est le produit de son époque, le reflet de situations et circonstances politiques culturelles économiques psychologiques spécifiques. Celles ci nous orientent sur des caractéristiques et postulats particuliers comme les attributs des acteurs sociaux, les tenants et aboutissants de situations et contextes précis sans oublier l’idéologie dominante du moment dont on ne peut faire abstraction surtout pour les historiens de métiers. Les sources scripturaires de la tradition musulmane dite orthodoxe composées en contexte d’empire ne sont donc plus un tableau fidèle du milieu tribal hijazien de Muhammad ibn Abdallah en ce début de 7 siècle du comput des nations. Est ce à dire qu’elles sont en grande partie des légendes forgées comme l’affirme de nombreux orientalises tel Goldziher? Par ailleurs, on peut noter que les auteurs musulmans médiévaux sont le plus souvent des non arabes à l’instar des six corpus13 sunnites canoniques de hadith mais aussi at-Tabari, Ma’sudi, ash-Sharastani etc. Ils sont issus de traditions et cultures plurimillénaires allogènes comme les perses. Leurs travaux sont le plus souvent des commandes du pouvoir califal abbasside aux lettrés et religieux à son service à l’instar de la sira de ibn Ishaq. Or, cette histoire (vita) recomposée puis canonisée trois siècles après le prophète par le pouvoir califal abbasside représente de nos jours dans l’inconscient collectif musulman un ensemble atemporel et universel de textes performatifs.
Mais qu’est ce que l’«orthodoxie» dont nous parlons régulièrement? Littéralement, Ortho, droit et doxa opinion. Ce référent renvoie à deux valeurs distinctes. D’une part, il est l’expression authentique de la religion telle qu’elle fut enseignée par les anciens salaf et d’autre part, c’est une construction historique ad hoc à l'épreuve du temps où des groupes d’hommes vivants dans un même espace politique utilisent la religion à des fins idéologiques politiques. Ceux qui se nommeront ultérieurement les «partisans de la tradition authentique» ahl al sunna wa’l jama’a sont dans les faits les «vainqueurs de l’histoire» par opposition aux «perdants de l’histoire», les chiites. «L’orthodoxie» donna aux autres groupes musulmans, nous dit Mohammed Arkoun, «des sobriquets polémiques comme khawarij, «ceux qui se retirent» et ibadites voire les rawafid «ceux qui refusent» ou encore les batiniyya «ceux qui cherchent le sens caché» concernant les ismaéliens.» La littérature dite «orthodoxe» parle de firaq, tawa’if,14 sectes, fractions pour nommer les groupes musulmans hétérodoxes, hérétiques, zandaqa (mot persan). Approchons chemin faisant le personnage de Muhammad ibn Abdallah ibn abd al Muttalib, son nom de tribu. Il n’est pas nécessaire de s’attarder sur sa biographie puisqu’elle est bien connue. Jacqueline Chabbi écrivit un article «la biographie impossible de Muhammad15» du point de vue naturellement de l’anthropologie historique critique car les innombrables sira de la tradition islamique regorgent de récits apologétiques. Notre but n’est pas ici de nier le personnage de Muhammad et encore moins de réfuter ou dénigrer la tradition musulmane voire encore de dénier à l’islam son statut de troisième et dernière révélation monothéiste abrahamique comme le font les nombreux islamophobes ainsi que certaines et certains chercheurs de l’école dite hyper critique très en vogue de nos jours. Cependant, nous nous arrêterons avant tout sur la res publica, la chose publique. En effet, en tant que chef de la communauté musulmane en devenir à Médine, Muhammad a élargi considérablement son autorité sur un territoire géographique plus important que les seules cités de Médine et Mekka. En outre, il est devenu un personnage public central dont les paroles, faits et gestes sont commentés interprétés par ses contemporains. Nous sommes dans un contexte de tradition orale où l’écrit existe mais reste une exception- si ce n’est en tant que simple prise de note comme le suggère Fuat Sezgin dans son GAS16.
Abu Hureira était certes illettré; la tradition sunnite fera de lui en dépit de son caractère très controversé le principal rapporteur de hadith outre qu’il a côtoyé le prophète seulement quelques mois selon certains voire trois années selon d’autres. Il appert d’autre part, que la tradition musulmane confirme plusieurs tentatives d’assassinat par empoisonnement sur la personne du prophète à Médine. Ces incidents sur le tard sont bien la preuve d’une réalité socio-politique autrement plus complexe que l’image idyllique apologétique établie par la tradition «orthodoxe» sunnite. En premier lieu, nous trouvons dans le camp des ansar, c’est à dire les alliés médinois deux grandes tribus (voir les cartes) Aws et Khasraj en conflit larvé depuis de nombreuses années avons nous déjà dit plus haut. Or, quelques protagonistes en vue des deux camps se sont réunis en privé à la saqifa le jour de la mort du prophète – l’épithète est essentiel car il confirme en soi l’illégalité juridique de la notion de shura ou consultation générale donc publique selon la vision majoritaire sunnite sur la succession- dans le vestibule des banu Sa’ida. Du coté des muhajirun, les tensions sont anciennes puisqu’elles apparurent dès le début de la révélation à la Mecque outre la rancune patente liée aux morts de Badr et Uhud. Ainsi, de nombreux mecquois sont qualifiés d’hypocrites par le coran lui même. Les évènements survenus dans la chambre du prophète quatre jours avant son décès lequel est par ailleurs problématique sont les prémices du coup de force sur le pouvoir par certains compagnons. En effet, les propos tenus par ‘Umar prennent tout leur sens lorsque l’on suit pas à pas la chronologie des événements jusqu’à l’élection du premier calife qui vont à l´encontre des injonctions coraniques voire les déclarations publiques du prophète sur son successeur attitré. Nous avons vu brièvement que ce dernier ne pouvait être qu’un membre de la famille de Muhammad qui plus est de la famille prophétique en parfaite adéquation avec le coran lequel confirme l’héritage des prophètes bibliques avant lui qui tous prennent leur successeur parmi les leurs. Pourquoi donc devrait il en être autrement tout à coup avec Muhammad lequel n´est que le continuateur d´un processus ancien décrit noir sur blanc dans le coran confirmant ainsi une histoire ancienne. De nombreux versets ainsi que des ahadith17 authentiques confirment ainsi le statut prépondérant de la famille prophétique et de ‘Ali en particuliers lequel affirme dans un hadith rapporté par at-Tabari qu’il a prié derrière Muhammad et Khadija sept ans avant abu Bakr, ‘Umar, ‘Uthman, ce qui nous renvoie aux attributs du successeur présentés ci-dessus soit:
- B. Sabiqa, antériorité dans l´adhésion à l´islam. Nous verrons par ailleurs, les tentatives d’assassinats sur le prophète lesquelles démontrent clairement l’idée d’une conspiration. On peut alors affirmer contre la vision traditionnelle que Muhammad ne faisait pas l’unanimité à Médine sinon pourquoi vouloir le supprimer? On apprend en outre par le coran et le hadith que les hypocrites sont nombreux à Médine et qu’ils cherchent à saper par tous les moyens son pouvoir, autorité et sa crédibilité en faisant courir des rumeurs calomnieuses18 dans la cité à l’instar de problèmes d’ordre conjugal. Rien d’exceptionnel en soi, si ce n’est l’indécence évidente de colporter des ragots sur la place publique comme le rappelle justement le coran qui pointe des épouses indignes sans les nommer. Il parle en revanche des «femmes de Yusuf» pour décrire ces épouses (´A’ischa et Hafsa encore une fois mais la tradition a gardé les noms). La métaphore est sans équivoque. Quant au hadith, il précise quant à lui en tant qu´explication des versets coraniques, les noms des personnes incriminées. Dans ce cas de figure, ces femmes agissent dans l’intérêt de leur père respectif Abu Bakr et ‘Umar. Les nombreux mariages de Muhammad font couler beaucoup d´encre de nos jours chez les islamophobes: homme à femme, lubrique, pervers, pédophile...Or, on découvre derrière ces mariages avant tout le choix d’une politique d’alliances tribales et dans un second temps, une compassion, empathie voire une geste de type social à l´instar de femmes veuves de surcroît âgées qu´il préfère prendre sous son giron leur donnant une protection sociale financière). Avec l’hégire, Muhammad entame littéralement une nouvelle vie certes bien incertaine en raison en premier lieu, des nombreuses responsabilités qui lui incombent en tant que leader; en second lieu, il est dans un environnement où les conditions socio-politiques sont totalement différentes de sa cité natale. Il n’est plus seulement cet Avertisseur, mundhir chargé de délivrer un message divin auprès de ses oncles paternels avant de le faire à sa tribu entière voire tardivement urbi et orbi. Il jouissait à Mekka du soutien inconditionnel de son unique épouse Khadidja, la première musulmane de l’histoire mère de Fatima avec laquelle il partagea vingt années de vie commune durant les vicissitudes de la vie mecquoise; enfin, son oncle Abu Talib, chef des banu Hashim lequel fut par ailleurs, son tuteur et protecteur. On songe aux propos supposés tenus par ‘A’isha, qualifiée d’épouse préférée par la tradition sunnite laquelle affirmait qu’elle fut jalouse de son souvenir qui ne quitta jamais Muhammad. Chose curieuse en soi, le coran ne dévoile pas leur identité restant toujours évasif sur les noms lieux dates comme si seule l’origine était essentielle. La contemporanéité du moment coranique est pourtant essentielle du fait qu´elle renvoie à ce fait fondationnel pour reprendre la terminologie arkounienne en milieu arabe païen. Certains avanceront le fait que le mushaf n’est pas un reportage à l’instar du nouveau testament; néanmoins, nous tenterons d’élucider les hypothétiques raisons de ces absences déconcertantes19 pour ne pas parler simplement d’occultations volontaires comme le pensaient les savants musulmans proto chiites. Le mot qui fâche est lâché! Il est franchement étrange que le coran relate les turpitudes des prophètes bibliques en les nommant par leur patronyme ainsi que leurs proches parents20 mais aussi leurs ennemis; or, dans le même temps, il reste silencieux sur l’époque contemporaine de Muhammad laquelle s’inscrit dans la continuation de la révélation monothéiste abrahamique. Cette partialité épistolaire est bien singulière et cache visiblement des mobiles politiques inavouables. De telles allégations sont par ailleurs théologiquement et historiquement recevables car cohérentes et rationnelles du point de vue de l’argumentaire développé pour dénoncer les occultations opérées par l’orthodoxie au pouvoir outre qu’elles s’inscrivent parfaitement dans le contexte d’origine tribal arabe aisément datable outre leur recoupement par les deux sources fondamentales de la tradition islamique: hadith et coran. Or, il appert qu’en dépit des moyens scientifiques et technologiques à notre disposition que ces hypothèses sont balayées d’un revers de main par le croyant lambda criant au blasphème voire à l’ignorance de la sunna du prophète alors qu’il ne lit pas et ne réfléchit pas sur ce qu´il consomme en informations. Cette expression en italique est d’un internaute sur un forum en réaction à la causerie du professeure Chabbi intitulée: l’anthropologie historique coranique. Quant aux religieux sunnites, ils défendent avant tout le discours orthodoxe qu’ils enseignent par ailleurs à leurs ouailles. Comment sortir de cette foi naïve figée dans le temps et l’espace alors que les sources scripturaires sont là à porter d’un seul clic sur Google.
Le corpus coranique ne donne que très peu d’indications spatio-temporelles utiles à l’intelligibilité des circonstances de la révélation coranique voire des situations de discours permettant d’apprécier à sa juste mesure le texte officiel parvenu jusqu’à nous. Le hadith pour sa part est compris et admis comme étant une herméneutique du coran. Ainsi, de nombreux universitaires des années 1970/80 de l’école dite hyper critique (Wansbrough, Cook, Crone), que les musulmans nomment en revanche, des révisionnistes, parlent volontiers du coran comme d’un texte sans contexte. Les érudits religieux de l’age classique au service du califat abbasside s’ingénièrent à recomposer l’histoire musulmane dans le but de légitimer le pouvoir califal abbasside donc de son autorité morale et religieuse de nature divine.
Toutefois, n’oublions pas qu’elle fut arrachée par la force donc foncièrement anti coranique. Cela n’est évidemment pas spécifique à l’islam mais concerne en fait toutes les religions voire les plus sécularisées21. En second lieu, il fallait falsifier une réalité historique politique épineuse et bien trop complexe. En effet, la révélation coranique est née dans un contexte tribal conflictuel et ce durant plus de trois siècles et demi où les protagonistes en lice étaient des parents des oncles des cousins qui se firent la guerre avec ses suites ininterrompues de répressions sanglantes. Il fallut donc recourir à la falsification de l’historiographie musulmane, de son esprit comme de sa lettre pour reprendre la formule paulinienne afin d’être recevable en tant qu’orthodoxie. Or, de nombreuses traces persistent ici et là dans l’immense corpus de la tradition sunnite elle-même comme ne manquent pas de le révéler les hommes de religions chiites ainsi que les universitaires travaillant sur l’islam des débuts comme MM. Wilferd Madelung, Amir Moézzi et d’autres sur le fait coranique tels MM. Déroche, Dye, Mme. Neuwirth et bien d´autres chercheurs d’une part et d’autre part, l’historiographie musulmane dans son ensemble dont la liste ne pourrait être exhaustive tellement les études sur le fait religieux et islamiques sont nombreuses depuis un demi siècle. Nous reprendrons au fil de notre enquête le canevas chronologique des ultimes moments de Muhammad pour les replacer dans une perspective plus globale afin d’exposer la complexité anthropologique de ce milieu tribal purement arabe qui n’était plus au moment de la mise par écrit du hadith. En effet, la tradition musulmane postérieure a préféré mettre en avant le pathos lié à la maladie mortelle du leader, à s’appesantir sur des compagnons présents dans la pièce «submergés par l’émotion et la douleur» dixit Bukhari. Or, le contenu des paroles tenues par ‘Umar sont relatées par d’innombrables transmetteurs sunnites de référence22 indiquant plutôt l’indifférence voire l’absence de respect qu’il a du prophète...
Intervient dans ce laps de temps un foisonnement de faits essentiels et anecdotiques à l´instar de l´ordre de Muhammad donné à tous les compagnons de rejoindre l´armée commandée par ´Usama en dépit de son jeune âge23 pour Muta. Refus réitéré par trois fois des compagnons comme déjà dit plus haut avec la malédiction du prophète songeant alors à ce que ces hommes préparaient en leur for intérieur et qu´il redoutait. Ainsi, il ne se fit plus aucune illusion. Muhammad songeait effectivement à la succession de ‘Ali qu´il avait annoncé en public à Ghadir au retour du pèlerinage d´adieu. Or, celle-ci s’avérait maintenant bien compromise, quasi impossible vu le comportement des compagnons, l’hypocrisie grandissante, le refus d´obéir au prophète (anti coranique). Rappelons qu’il est inimaginable et irrationnel que dans cette culture arabe clanique traditionnelle le pouvoir puisse tout à coup sortir du clan et tomber dans l’escarcelle d’un homme appartenant à une autre famille de surcroît de moindre prestige social et sans affinité déclarée à la foi de Muhammad et qui de surcroît à torturer des musulmans à l’instar de...‘Umar. D’autre part, la légitimité de ‘Ali est coranique donc divine et ne peut être remise en question du point de vue de l´anthropologie religieuse tribale strict outre son statut familial privilégié (la famille prophétique) au près de Muhammad:
- « cela ne te suffit pas d’être pour moi comme Harun pour Musa...» selon le célèbre hadith prophétique. Ali ibn abi Talib fut durant les vingt années du ministère apostolique de son cousin de prophète le défenseur par excellence, le combattant de la foi absolu de la nouvelle alliance et ce au prix de sa vie selon la tradition musulmane.
Nul autre compagnon n’a donné autant de sa personne que ‘Ali toujours selon la tradition orthodoxe. D´ailleurs, à ce sujet an-Nassa´i, l´un des six auteurs des corpus canoniques sunnites de hadith, eut la malchance à Damas de faire l´apologie des vertus de l´imam ´Ali alors qu´un individu le priait d´énoncer les qualités et vertus de Mu´awiya. Il répondit honnêtement qu´il n´en connaissait pas. Il fut littéralement lynché par la foule et perdit la vie. La realpolitik est tout autre.
Nous reviendrons en détails sur ces postulats fondamentaux dans notre exposé dans le sens où ils expliquent pourquoi Quraych ne désirait pas ´Ali comme successeur du prophète tant leur rancune était immense pour tous les membres de la tribu passés au fil de son épée lors des guerres successives contre Muhammad. Lorsque, Omar questionne le prophète sur l´injonction divine de nommer Ali, son successeur: est ce la sienne, soit, sa propre volonté ou bien celle de dieu?
Il ne fait aucun doute que les choix du leader tout au long de son ministère apostolique furent remis en cause par ce compagnon24.
Les personnes présentes lors de ce rassemblement près de l´étang de Khumm25 ne pouvaient en aucun cas avoir oubliées quelques semaines plus tard la décision de faire de Ali le calife de la communauté car le laps de temps entre les évènements était bien trop court. En effet, ils avaient par ailleurs un par un donné leur allégeance d´usage sans laquelle aucune légalité de fait n´était possible. Ainsi, d´un point de vue moral, il a la légitimité de l´autorité laquelle est prépondérante dans ce monde tribal. Voilà pourquoi l’idée d’un «coup de force» sur le pouvoir par les sahaba devient une réalité historique difficilement réfutable au vu des événements historiques et de leur chronologie. D’ailleurs, la tradition musulmane ne manque pas de nous le rappeler lorsque ‘Umar ibn al Khattab avouera des années plus tard au moment de mourir qu’ils savaient parfaitement ce que tramait le prophète. Voilà encore une preuve irréfutable de plus confirmant l’idée, non blasphématoire, d’une préméditation savamment organisée. Or, cette somme de faits à charge s’accumulant irrémédiablement ne dérange absolument aucun fuqaha, ulama ni même les chercheurs contemporains voire le commun des croyants lequel contre vent et marée rabâche sans discernement aucun le sempiternel discours orthodoxe bien connu totalement tronqué. En fait, nombre d’historiens sunnites s’ingénièrent à changer radicalement l’esprit et la lettre de cette scène mémorable du fameux jeudi noir, à commencer par Bukhari qui donna de ‘Umar l’image d’un homme compatissant affligé par le sort du prophète insistant même abondamment sur la mise en scène grossière de ‘Umar clamant haut et fort une fois à l’extérieur que le prophète n’était pas mort et qu’il tuerait tout individu affirmant le contraire. Or, la réalité est tout autre. Effectivement, le portrait dessiné par la tradition de ce compagnon est totalement fictive sachant que dans les faits de guerres répertoriés par les traditionnistes, ‘Umar semble n’avoir tué aucun ennemi de l’islam durant les nombreuses guerres menées par Muhammad depuis Badr; En effet, nulle trace dans les sources musulmanes et dans l’historiographie d’une quelconque comptabilité mortifère; bien au contraire; il est à l’instar d’Abu Bakr et Uthman plus connu pour fuir le champs de bataille. Pire, ‘Umar est nommément cité dans les sources pour avoir torturé et tué de pauvres hères musulmans de basse condition à la Mecque au début de la révélation en compagnie d’ Abu Jahl avant l’hégire. Nous reproduisons à dessin des passages fondamentaux de la traduction du Kitab Sulaym 26 par le professeur Moezzi au chapitre 6 sur cette atmosphère délétère autour des ultimes jours du prophète et des conditions controversées du moment dit de la saqifa alors que le prophète venait tout juste de s’éteindre. L’élection d’abu Bakr fut décidée arbitrairement en privée d´abord et ensuite soumis à l´ensemble de Médine par la force si nécessaire dans une indifférence générale mais aussi de terreur. La tradition sunnite nous rapporte l´évènement comme si cela allait de soi dans un parfait consensus harmonieux. Enfin, nous relèverons l’oppression psychologique et physique subie par nombre de compagnons opposés à cette mascarade puis de la fille unique du prophète, Fatima, laquelle mourut quelques temps après son père en pleine fleur de l’age des suites des blessures infligées lors de l’attaque de sa maison et ce quelques jours seulement après le décès de son père. Rappelons que cet assaut fut décidé et perpétré par ‘Umar et ses hommes de mains mais entériné par abu Bakr…
La mort de Fatima, entre 30 jours et six mois selon les sources, est en soi symptomatique du malaise évident des traditionalistes musulmans face à des réalités qu’on ne saurait avouer. Cette violence volontaire perpétrée sur la fille du prophète entraîna d’une part, la perte de son fœtus et d’autre part, des cotes fracturées qui s’infectèrent dont les effets furent de fortes fièvres jusqu’à son décès prématuré. Abu Bakr, ‘Umar ordonnaient l’allégeance sur le champs de ‘Ali et Fatima ainsi que des cinq compagnons27 qui se réunissaient chez Fatima depuis l’annonce de la prise de pouvoir par abu Bakr sans quoi, son califat n’avait aucune légitimité et pour cause, les hachémites plus particulièrement les cinq du manteau sont la famille prophétique!
Leur allégeance était en soi un gage de reconnaissance explicite. Juridiquement parlant, une baya extorquée par la violence n’a aucune légalité juridique voire une légitimité morale. Dans les faits, il appert qu’une période ininterrompue de guerres civiles entre parents, cousins, frères secoua l’islam naissant pendant les trois premiers siècles de l’hégire.
Ce chiisme trouve son origine à la saqifa laquelle annonce selon les chiites Kerbala28 un demi siècle plus tard. Comment se fait il par ailleurs que Fatima, la fille de Muhammad, mère de la seule descendance mâle (al Hassan, al Husayn) du prophète fut enterrée de nuit à la dérobée telle une proscrite? Ce fait est l’un des nombreux impensés dans la pensée islamique; il n’est donc pas surprenant que le commun des croyants qui par ailleurs révère jusqu’à l’idolâtrie naïve le prophète et dans une moindre mesure sa descendance ignore tout de leur macabre destinée, c’est à dire leur éradication historiquement et politiquement programmée laquelle elle certainement une des causes de la grande occultation du douzième imam afin d’arrêter l’hémorragie pourrait on dire. Les preuves historiographiques sont à prendre avec précaution nous rappellent constamment les universitaires occidentaux lesquels remettent constamment en question les textes chiites sans trop se poser de questions sur les sources sunnites officielles... Il y a un parti pris flagrant au niveau des universitaires occidentaux. Toutefois, il appert que le «mythe» de la succession harmonieuse ne résiste pas un seul instant à leur étude critique des sources scripturaires! En effet, il suffit de confronter les nombreux témoignages oraux que sont le hadith voire le khabar au coran lui même pour en convenir. Celui ci est le fondement de la foi islamique à partir duquel les fuqaha ont produit la jurisprudence (fiqh) ou droit positif. Cependant, quelle position adoptée face aux injonctions coraniques intangibles concernant la succession du prophète ou plutôt des prophètes bibliques voire les attributs du légataire de l’Envoyé de dieu, postulats fondamentaux ainsi que la fonction théologico-politique de la famille prophétique telle qu’elle est définie par dieu en toute lettre dans divers versets au grand damne des juristes musulmans. Ces derniers vont devoir les contourner de manière insidieuse en diluant de facto «la voie tracée» par dieu pour les hommes contemporains du prophète sous les oripeaux d’une législation normative se focalisant surtout sur les affaires profanes des hommes en société. Or, on constate que celle ci n’est plus celle du milieu tribal médinois arabe d’origine au 7 siècle. Nous observons qu’il s’agit de la société de Bagdad, capitale multiculturelle de l’empire islamique. La ré-écriture d’un passé de culture et tradition largement orales par des historiens généralement gestionnaires du sacré issus d’horizons divers mais au service du pouvoir califal a donné lieu à une nouvelle histoire que l’on nommera mytho-idéologique. L’orientalisme européen historiciste positiviste scientiste du 19 siècle n’a fait que reprendre cette tradition musulmane dite «orthodoxe» sunnite en la critiquant avec les outils scientifiques de son époque. Le plus souvent ils se sont évertués à la réfuter avec véhémence à l’instar d’un Ignaz Goldziher29. Les universitaires occidentaux à l’exception de rares savants s’attachent à relire le patrimoine scripturaire chiite à l’instar des professeurs Corbin, Jambet, Moezzi, Madelung, Halm, Kohlberg, etc, afin de relire voire peut être d´une certaine manière rendre justice à une fraction musulmane de cette histoire musulmane mutilée et mutilante. La discorde qui s’alluma sous ‘Uthman et qui trouve ses prémisses durant le califat de son prédécesseur ne s’éteindra plus durant tout le «siècle omeyyade». Les révoltes récurrentes avec leurs cycles de répressions féroces depuis la fitna al kubra sont légion à l’instar d’al-Mukhtar (m.686) voire de «l’anti calife» Abdallah ibn Zubayr (m.692). Avant de mourir Mu’awiya, mit son fils Yazid en garde contre trois personnages importants de Quraych qui lui causeraient certainement des problèmes dit il; aussi, il devait impérativement dès son accession au pouvoir recueillir leur allégeance.
Dans le cas contraire, il prendrait des mesures adéquates pour les éliminer purement et simplement. Ces hommes étaient Abdallah ibn Zubayr, al Husayn ibn ‘Ali enfin Abdallah ibn ‘Umar. Les populations d’Irak et de Perse étaient dans leur grande majorité non musulmanes outre qu’elles furent le berceau des rébellions au pouvoir omeyyade déjà sous ‘Uthman. Ce dernier était un omeyyade. Sous son califat, une corruption endémique de type oligarchique clanique vit le jour outre une gabegie insupportable pour des populations excédées par leur précarité, leur sort indigne. Cette politique ségrégationniste caractérise «le siècle omeyyade» notamment sous les sufyanides30 et les marwanides31 avec l’intermède très court du dit «cinquième calife bien guidé». Les frustrations des populations nouvellement conquises non clientes d’une tribu arabe à l’instar des communautés mazdéennes, manichéennes, chrétiennes, juives allaient crescendo. Le pouvoir umayyade voyait en elles des sujets de seconde classe corvéables et manipulables à loisirs. Il n’est donc pas étonnant qu’elles donnèrent leur appui aux différentes rébellions durant le règne omeyyade à l’instar d’un Mukhtar à Kufa révéré chez les chiites pour avoir vengé al Husayn ibn ‘Ali – Mukhtar était dans les geôles omeyyades lorsque eut lieu le massacre de Kerbala- en capturant et tuant les principaux responsables et meurtriers du fils de ‘Ali ibn Abi Talib voire un demi siècle plus tard avec Abu Muslim sur le plateau iranien lequel fut le leader charismatique de la révolution abbasside, au service des banu Hashim. Il sut fédérer tous les mécontents au nom de la révolution qui allait définitivement annihiler la dynastie omeyyade en orient 32. Cela montre s’il en est la futilité de l’argument religieux dans les affaires quotidiennes omeyyade durant «leur siècle». Dans un absolu idéalisé, ce mouvement révolutionnaire d’origine ‘alide voulait revivifier les «deux poids précieux», ath-thaqalayn (Qu’ran et ahl ul bayt) laissés par Muhammad en héritage à sa communauté laquelle devait en prendre soin selon l’injonction prophétique. L’histoire nous a montré ce qu’il advint des ahl ul bayt, garante et gardienne du message coranique lequel fut manipulé, falsifié. Les (leaders) doctrinaires déclaraient vouloir redonner le pouvoir à ses ayants droits, c’est à dire les ‘alides, ce pour quoi abu Muslim se battit comme nombre d´iranien. Or, il fut trompé pour être finalement assassiné une fois la révolution implantée. Le pouvoir échut à un descendant de l’oncle paternel «musulman» al Abbas par opposition au frère aîné des oncles abu Taleb, père de ‘Ali, présenté sous la plume des idéologues sunnite comme le «mécréant» mort dans l’ignorance. Les 25 années qui séparent la mort du prophète de l’élection du hachémite ‘Ali ibn abi Talib sont fondamentales pour comprendre ce qui advint de l’islam de Muhammad ainsi que les raisons du chiisme consommé depuis Saqifa entre les compagnons. En effet, les trois premiers califes instaurèrent avec leur pouvoir politique un nouvel ordre islamique qui s’éloignait toujours plus du message coranique initial jusqu’à ce qu’un compagnon, Ibn Awf, avançât l’idée de suivre, outre le coran et la sunna du prophète, la sunna des deux premiers califes! Les sahaba tels ‘Ammar ibn Yasser, Ibn Ma’sud, al Miqdad, abu Dharr, Bilal refusèrent de cautionner ce qui advint de l’islam qu’ils rallièrent à l’origine; or, ils sont tous des hommes de basse extraction sociale et de surcroît des fidèles et loyaux compagnons de Muhammad par conséquent de ‘Ali. Ce postulat anthropologique sociologique n’est pas anodin car, il explique en effet le sort que Quraych leur infligea en dépit de leur islam après la disparition du prophète. Ils payèrent au prix fort cette loyauté inébranlable dans le message coranique et son garant ‘Ali donc ahl ul Bayt.
François Déroche note au sujet de ‘Ali ibn abi Talib qu’il commit une suite d’erreurs politiques lesquelles marquèrent profondément son califat. Elles lui furent fatales à un moment même où il semblait tenir le bon bout face à Mu’awiya notamment à Siffin (cours au collège de France en 2015) où Malek al Ashtar était à deux doigts d’anéantir l’armée de Damas lorsque son imam lui ordonna de se retirer. Erreur politique dans le sens où Mu‘awiya lui, n’avait aucun scrupule, aucune éthique islamique outre que pour lui, la fin justifiait les moyens. C’est la raison pour laquelle l’idée de parler d’erreurs politiques d’une part et d’autre part, d’ordre militaire ou tactique et stratégique à l’instar de la reprise du point d’eau à Siffin par ‘Ali et ses hommes. En effet, les conséquences auraient été catastrophiques pour l’armée de Damas; mais, le calife ‘Ali ibn abi Talib dans son soucis d’éthique islamique ordonna qu’on laissât les hommes et les bêtes de l’armée ennemi boire. Son califat fut une succession de guerre civile (Chameau, Siffin, Nahrawan), de trahisons des compagnons de la première heure tels Zubayr, Tahla voire ‘Aischa laquelle avait une aversion immodérée pour le cousin du prophète jusqu’à conduire une guerre ouverte contre lui pourtant calife élu par la population de Médine. Quraych (surtout les omeyyades et leurs affiliés) ne voulait pas de ‘Ali. Ces troubles furent d´une certaine manière téléguidés depuis Damas par le «génie» politique de Mu’awiya et d’Amr ibn al ‘As, son allié opportuniste. Ce dernier ne pardonna pas à ‘Uthman de l’avoir relever de ses fonctions de gouverneur d’Égypte après sa conquête par les armées musulmanes dont il était le commandant. Tout ces faits anecdotiques informatifs historiques sont autant de démonstrations des turpitudes qui agitèrent l’islam tribal de Médine. Il devint mutatis mutandis un islam d’empire du fait des conquêtes musulmanes dont la portée économique culturelle sociale politique fut considérable car cette dernière bouleversa le fait social arabe tribal pour toujours. Cette période de troubles entra progressivement dans des horizons de sens nouveaux au même titre que la révélation coranique fut entre 612 et 632 un discours neuf pour des populations bédouines arabes païennes ou non et leur mode de vie coutumier ancestral immuable. Or, nous sommes embarqués malgré nous dans l’anachronisme des projections fantasmagoriques des fondamentalistes ne jurant que par la constitution de Médine comme d’une époque bénie et authentique. Cette époque tant glorifiée nous renvoie dans les faits à la sourate Tawba et au verset 5 concernant d’une part, les tribus bédouines réfractaires de prendre part aux batailles et d’autre part, aux ahl al kitab, gens du livre (juifs, chrétiens, mazdéens). En premier lieu, demandons nous à qui profite réellement le meurtre de ‘Uthman? Dans un second temps, que penser de ce statut d’infaillibilité des compagnons en l’occurrence les dix promis au paradis quand on voit ce qu’ils firent après la mort du prophète? Finalement, les principales caractéristiques de cette époque bénie sont avant tout les guerres fratricides, discordes, trahisons que l’orthodoxie a pourtant contre toute réalité historique idéalisé à souhait puis canonisé une vision de l’histoire exclusiviste, sacré et vraie. L’émergence de débats critiques reste un vœu pieu, une utopie même de nos jours étant donné qu’une chape de plomb fut apposée par l’orthodoxie sunnite au Moyen Age et rehaussée avec zèle depuis lors avec une recrudescence flagrante depuis les années 1980 par le wahhabisme. L’idéologie politique prétexte l’alibi religieux pour tuer tout esprit critique ainsi que la formation intellectuelle des nouvelles générations enfermées dans le carcan des états-partis-nations après les indépendances des années 1960. L’islam n’était pas même esquissé par les leaders politiques et autres doctrinaires; en revanche, le socialisme du parti baath de Michel Aflaq en Syrie et de Nasser en Égypte prônait un panarabisme. Il est important de noter ces différents contextes socio-politiques, diplomatiques, culturels en contexte islamique pour mieux appréhender les débats fumeux d’aujourd’hui sur l’islam avec ses conséquences désastreuses sur l’éducation partout dans le monde plus généralement (chapitre 10), la formation intellectuelle des jeunes générations et enfin l’approche de l’histoire musulmane en tant que science humaine à part entière.
Claude Levi Strauss donnait du mythe cette définition: «(…) c'est un palais idéologique construit avec les gravats d'un discours social ancien (...)».Wilferd Madelung33 avec son ouvrage magistral jamais égalé et courageux a dépassé déplacé la mythique vision sunnite de la période des «quatre califes bien guidés» sur le terrain de l’analyse historico-critique. Cette interprétation fondée avant tout sur la raison et la cohérence des sources musulmanes au regard de l’histoire manque cruellement jusqu’à nos jours de relais dans le discours des historiens occidentaux dont la timidité intellectuelle semble parfois synonyme d’autocensure. Le professeur Mohammed Ali Amir Moezzi travaille notamment sur le cheminement intellectuel spirituel politique des savants religieux chiites dans les trois premiers siècles de l’hégire. Dans ses causeries à l'Institut du monde arabe à Paris voire au centre Maîmonide de Montpellier en 2012 pour la sortie de son essai «le coran silencieux le coran parlant»,où il présentait dans ses grandes lignes quatre ouvrages chiites de références de la première période ‘alide ou proto chiite allant environ jusqu’à l’ère du scheik as Saduq (ibn Babuye). La mise en berne de toutes les revendications chiites sur la succession, le coran, la trahison des sahaba à la mort du prophète, la falsification de l’histoire des débuts de l’islam voire l’occultation des noms de ‘Ali et de la famille prophétique (ahl ul bayt, ´itrat, sa progéniture) ainsi que leurs ennemis correspond à une période de rationalisation de la pensée religieuse chiite première de tendance ésotérique au regard du modèle de l’orthodoxie sunnite au pouvoir soit, «les vainqueurs de l’histoire» et donc la recherche d’un consensus outre la grande occultation du 12 Imam historique, ce qui n’est pas anodin.
Les causes et les effets des falsifications, occultations scripturaires en contextes de guerres civiles et de répressions permanentes durant les 3 premiers siècles de l’hégire sont une réalité (chapitre 3 et 4). Il appert au regard des événements historiques actés traçables et vérifiables que nous sommes face à une éradication politiquement programmée d’ahl ul bayt. Autrement dit, c’est la descendance de Muhammad par Fatima et ‘Ali à travers les imams historiques - dans leur grande majorité ils furent emprisonnés, torturés, empoisonnés, éliminés. Pourtant, le prophète avant sa mort commanda à sa communauté de prendre soin «des deux poids précieux» ath-thaqalayn.
Ela Ouardi reprend à dessin dans l'introduction de sa communication pour la promotion de son ouvrage «les derniers jours de Muhammad» le célèbre topoi du corps du prophète laissé à l'abandon durant pratiquement trois jours en état de putréfaction avancé. En effet, sa famille et les compagnons se seraient déchirés pour le pouvoir durant ce laps de temps depuis le fameux épisode de la Saqifa des banu Sa’ida!
Or, le simple bon sens, la raison critique voire une connaissance à minima des fondements de la société tribale arabe auraient suffit à la lecture de l’historiographie musulmane à insuffler le doute dans l’esprit du croyant lambda sur une telle forgerie. Mais, on a dit qu’il ne lisait point! Que dire alors des élites éduquées qui bien souvent préfèrent mettre la tête dans le sable et de fait, par leur inconséquence intellectuelle et morale deviennent co-responsables du désordre sémantique dans la pensée islamique. De nombreuses sources sunnites digne de foi soulignent bien que la famille du prophète préparaient les funérailles, pleurant leur parent décédé pendant que ‘Ali ibn abi Talib lavait le corps sans vie de Muhammad. Or, au même moment, ‘Umar, Abi Bakr, abu Ubayda de leur coté, s’activaient à la dite saqifa où ils accaparèrent le pouvoir de manière obscure; le récit de cet épisode nous semble peu fiable par sa facilité son dénouement bref sa mise en scène pour le moins simpliste.
Le clan hachémite était absent de cette pseudo consultation ou réunion privée comme du reste la plupart des musulmans. Nous abordons ici même le second lieu commun sur la succession du prophète. En effet, selon «l’orthodoxie», Muhammad n’aurait laissé aucune directive à ce sujet. Les compagnons choisirent donc un successeur suivant le mode traditionnel de la consultation. Les sunnites insistent par ailleurs sur le fait qu’Abu Bakr aurait dirigé la prière de l’aube (fajr) sur ordre de Muhammad le lundi de sa mort pour justifier son califat ou plutôt sa succession. Il est inutile pour l’instant de lister de manière exhaustive les ahadith utilisés par les «vainqueurs de l’histoire» pour légitimer leur théorie du fait accompli. Néanmoins, donnons un bref aperçu de la nature tendancieuse du hadith ancien par exemple sous la plume de Sayf ibn ‘Umar (m 180/796):
- «’Ali apprenant l’élection d’abu Bakr fut si pressé de lui donner son allégeance qu’il en oublia de se vêtir en sortant de chez lui; on dut donc envoyer chez lui quelqu’un prendre des vêtements».
Puis, à propos d’événements se déroulant 25 ans plus tard: -«en fait, la concorde générale musulmane se fissure avec le travail de sape d’un juif converti à l’islam Abd Allah ibn Saba de Sana’a qui sema la discorde à Médine pour renverser ‘Uthman; cet individu serait le fondateur du chiisme».
La société tribale arabe du Hedjaz se caractérise par sa généalogie de type agnatique (les oncles paternels). Le puissant clan omeyyade est l’ennemi héréditaire de Muhammad en dépit des liens de parenté issus d’un ancêtre commun ayant eut plusieurs fils dont les frères siamois Abd Shams et Hashim séparés à la naissance dans le sang selon la légende. Cette parenté expliquerait selon nombre de prédicateurs incultes wahhabites tout et n’importe quoi (chapitre 9) quand l’histoire critique dévoile un tout autre son de cloche et ce depuis l’apparition du message coranique à Mekka en 612 avec son lot d’insultes, sanctions et mesures répressives contre Muhammad de la part des puissants de Quraych dont abu Sufyan lequel entreprit des guerres telles Badr, Uhud, Khandaq, etc. contre Muhammad dès lors établi à Yathrib. Henri Lammens en 1905 qualifiait le pouvoir califal Omeyyade de séculier non religieux attaché viscéralement à son mode de vie traditionnel préislamique. Historiquement parlant, nombre des leaders de ce clan font partis des tulaqa, c’est à dire ces croyants qui embrassèrent l’islam à la prise de la Mecque par contrainte. D’un point de vue purement juridique donc coranique, ils ne peuvent pas accéder au califat. Le pouvoir omeyyade n’a jamais chercher à convertir les populations locales des contrées conquises durant son siècle; Il faudra attendre la révolution abbasside pour constater des conversions de masse et surtout mettre fin à cet exclusivisme ethnique du pouvoir typique de la mentalité tribale arabe discriminante où pour devenir musulman, il fallait se rallier à un clan arabe en tant que client de celui ci.
Les études philologiques des orientalistes européens du 19 et 20 siècles (Goldziher, Weil, Caetani, Nöldeke, Alois Sprenger et bien d’autres savants) sur les sources scripturaires musulmanes -hadith, sira, coran- jetèrent des regards très critiques tant sur la fiabilité des sources que leur véracité historique notamment le corpus de hadith. Nombre d’entre eux parlaient d’une littérature légendaire. L’école orientaliste allemande fut et reste prépondérante dans le domaine des études sémitiques (bible et coran). La célèbre Geschichte des Korans de Theodor Nôldecke en 1860 reste une référence incontournable traduite en arabe mais, pas en Français comme du reste les nombreux travaux de Josef van Ess, certainement le plus illustre érudit actuel grand connaisseur de l’islam premier34. L’orientalisme est consubstantiel de la pensée coloniale. Cette modernité européenne conquérante arrogante est historiciste et positiviste; or, cette dite modernité issue de l´Aufklärung, des lumières n’a pas touchée les pays travaillés par le fait islamique par ailleurs, tous colonisés d’où le sentiment très pesant de l’humiliation coloniale et enfin, la dépendance économique technologique actuelle de pays rongés par l’autoritarisme et les idéologies qui ont enfoncé toujours plus les peuples dans une précarité existentielle et intellectuelle. Il appert que l’orientalisme avec sa critique tout azimut de l’islam a laissé un amas de gravats doublé d’une désacralisation et une dématérialisation du patrimoine religieux offensant de fait l’inconscient islamique tant populaire que savant. Mais, nous remarquons que depuis les années 1990, des universitaires tels Harald Motsky35 Gregor Schoeler, Andreas Görke et d´autres reprennent les études de Goldziher sur le hadith afin de les déconstruire. M. Harald Motsky utilise la méthode du isnad-cum-matin (chaîne de transmission avec texte) pour analyser les traditions au regard de l´islam des débuts dont la fiabilité poserait problème.
Aujourd’hui, le royaume saoudien soucieux de son statut de gardien des lieux saints de l’islam mais surtout de son hégémonie religieuse réédite à grand frais d’importants ouvrages de hadith affichant des couvertures colorées tape à l’œil dans un unique but marketing. Or, il appert que leur contenu est falsifié ou amputé comme le fait remarquer le groupe chiite koweïtien al Rassed, le vigile, dans son émission sur YouTube.
Le hadith a pris avec le temps une importance considérable dans la psyché collective musulmane notamment chez les prédicateurs wahhabites pseudo salafistes qui en font un usage pour le moins incongru. De nombreux ahadith sont avant tout de nature conjoncturelle, c’est à dire qu’ils furent prononcés à un moment donné dans un lieu particuliers durant la longue période apostolique de Muhammad ibn Abdallah. Par conséquent, de tels propos ne peuvent servir de prescription à caractère dogmatique universel outre, le fait avéré des multiples forgeries datant du règne de Mu’awiya lequel les payait à prix d’or d’où le besoin urgent d’une science du hadith pour trier dans ces milliers de paroles le vrai du faux. Cependant, nous relevons deux caractéristiques majeures de son califat; en premier lieu, il fallait légitimer l’illégitime (son califat) et en second temps, mettre en place une désinformation tout azimut contre le calife assassiné ‘Ali ibn abi Talib, lequel est par ailleurs, le quatrième des dits «califes biens guidés» selon «l’orthodoxie» sunnite. Il s’appuya sur le fameux Ur-Vorwand, prétexte fallacieux de venger la mort de ‘Uthman ibn Affan – alors que les propres fils de ce derniers restèrent en retrait voire absents des récits à ce sujet- pour conquérir le pouvoir qui devint une royauté héréditaire. Nous ne pouvons ignorer ce fait certes anecdotique riche d’enseignements à tirer de cette idéologie de combat omeyyade sur les rapporteurs d’origine de hadith et tout particulièrement le célèbre abu Hurayra lequel est le transmetteur du plus grand nombre de hadith. Certains avancent même le chiffre astronomique de 16.000 dires. Pourtant, il ne connut en tout et pour tout le prophète que quelques mois voire trois années comnme nous l´avons déjà dit! A l’opposé, on prêterait une petite centaine de hadith colportée par ‘Ali ibn abi Talib lequel fut élevé, oui vous lisez correctement, dans le foyer de Muhammad...
Tout est dit! L´orthodoxie ne veut pas de la vérité historique quelle qu´elle soit. Al Bukhari dans son «sahih» ne rapporte par exemple qu’un seul hadith de Fatima la fille du prophète. Quoi qu’il en soit, le hadith est pour les exégètes une herméneutique du coran. Cependant, le hadith ne peut en aucun cas le contredire sinon il y a forgerie. Le corpus de hadith sunnite officiel est constitué des six ouvrages canoniques de al-Bukhari, Muslim, ibn Maja, abu Dawud, at-Tirmidhi et an-Nassa'i sans compter ceux de ibn Hanbal, Malik ibn Anas, ibn abi Shaybah. etc. Nous transcrirons un hadith dit authentique de l’imam Ahmed ibn Hanbal sur le calife Uthman ibn Affan (chapitre 1) dans le but de montrer le caractère relatif du concept d’authenticité mis en place par les savants religieux avec ses divers degrés d’évaluation établissant son statut définitif. En outre, ce compagnon est l’un des «dix promis au paradis» par Muhammad dixit la tradition. Toutefois, il est important d’ajouter que ce propos est conjoncturel puisqu’il est prononcé à un moment donné en raison d’un fait particuliers. ‘Uthman ibn Affan commit durant son règne des actes répréhensibles que l’on peut qualifier d’anti coranique voire d’anti islamique. Tel est le constat historique désastreux avec lequel l’orthodoxie sunnite dut composer pour faire de ce compagnon comme de nombreux autres d’ailleurs, un parangon de vertu (sic). Le commun des croyants élève aveuglément les dix compagnons sur un pied d’égalité qu’ils soient bourreaux ou victimes, fuyards ou loyaux indéfectibles combattants, vertueux ou pervers...Enfin, leur entrée dans l’alliance de Muhammad est soit un choix, une conviction intime ou alors par intérêt voire par contrainte du bout des lèvres comme à la prise de la Mecque. Ce qui est totalement différent d´un point de vue éthique, spirituel et moral. Nous conclurons cette longue introduction certes répétitive et redondante à dessein par certains cotés afin de replacer dans son contexte socio-politique religieux le célèbre hadith prophétique ath thaqalayn «des deux poids (dépôts) précieux» que sont «le coran et ma progéniture» lequel se trouve noir sur blanc dans les six corpus canoniques sunnites. Le commun des croyants quant à lui a fini par intérioriser sa forme falsifiée si révélatrice de la profondeur de la fracture anthropologique historique théologique et psychologique existante et persistante dans la raison islamique. Le célèbre universitaire et prédicateur suisse Tariq Ramadan sur sa chaîne YouTube reprenait en toute connaissance de cause le fameux hadith mais dans sa formulation «falsifiée» non canonique laquelle a fini par s’ancrer dans l’inconscient collectif musulman. Le travail de sape des idéologues et imams musulmans depuis des siècles a finalement porté ses fruits.
Ainsi, le faux-vrai est devenu au fil des ages un véritable credo pour des masses ignorantes avec la bénédiction mais surtout, la responsabilité intéressée d’intellectuels religieux.
1 Ibn Sa´d, Muhammad: tabaqât al kabir, éd. E. Sachau,1-8. Leiden 1904-1917. Tabari:Tarikh,Muhammad b. Djarir: Chroniques traduite de la version persane de Bel´Ami par Zotenberg1-4 Paris 1867-72. Mas´udi , ´Ali b al Husayn Murudj adh- dhahab.- les prairies d´or éd.C.Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, 1-9 Paris 1861-1877.
2 .C3,147. tr. Kasimirski GF Flammarion:«Tandis que vous preniez la fuite(...) et que le prophète vous rappelait au combat(…) voir en 3,149 «ceux qui se retirèrent le jour de la rencontre des deux armées furent séduits par Satan en punition de fautes qu´ils avaient commise». les Tafasir sunnites de ces différents versets sont connus et indiquent clairement le rôle déclaré des compagnons à l´exception de quelques uns dont une femme,Nasibah Umm Amarah b. Ka´ab. Durant le califat de ´Umar, (source ibn abil Hadid, Sharh Nahj ul Balaghah,15:22) sa propre fille, accompagnée d´une femme vinrent le trouver pour des vêtements; ce dernier se remémora alors la scène où il prit ses jambes à son cou avec Abu Bakr entre autres célèbres compagnons quand il vit la femme. Il ajouta alors, le père de cette femme- en la montrant et à laquelle il remit les vêtements- n´avait pas fui le jour de Uhud et resta sur ses positions ferme obéissant aux ordres du prophète contrairement à lui-même ….voir aussi sur Uhud dont l´épisode croustillant de Uthman prenant la fuite pour rentrer à Médine seulement trois jours plus tard :Mafatih al Ghayb,9:53;Tafsir al Fakhr al-Razi 3:198; al sira al Halabiyah 2:227. Ibn al Athir al kamil fi tarikh 2:158, notamment lorsque le prophète lui demanda pourquoi trois jours?
3 Sahih Muslim,éditions bilingue al hadith , p227 Vol.6 hadith 7201, abu Bakr ibn abi Shayba nous rapporte: Waki´ et Mu´âdh .nous rapporte: «mon père….
4 Dans les plus anciens recueils de ahadith authentiques, le terme yahjor est encore écrit noir sur blanc. Or dans les plus récentes éditions le hadith est malheureusement modifié du genre: Le prophète est rongé par la douleur....
5 Sharastani, al milal wal-nihal1:129. Le prophète ira jusqu´à maudire ceux qui désobéissent à son ordre ici donc Abu Bakr, Umar etc...
6 Dans le hadith rapporté par ´A´icha, le deuxième homme est qualifié de untel (fulan) mais ibn Abbas nous rapporte l´information exacte, c´était Ali qu´elle haïssait...
7. Effectivement, il serait anachronique de parler de sunnisme à ce moment de l´histoire où l´islam en tant que religion institutionnalisé avec son dogme etc n´existe pas.
8 Voir en fin de volume le discours de Fatima qui met justement en exergue cette hypocrisie….
9 Le triumvirat de Lammens déjà mentionné soit Abu Bakr, Omar et abu Ubaydah avec leurs nombreux alliés
10. dans une vidéo sur YouTube, le docteur A.Ibrahim se demande comment se fait il que les musulmans qui prient cinq fois par jour sur Muhammad et sa progéniture, ahl ul bayt, ne réfléchissent pas sur ce qui leur est arrivé en revanche, cherchent plutôt des excuses à leurs bourreaux.
#عدنان_ابراهيم #adnan_ibrahim #adnan_ibrahim_2020 #AboDanaTv #اهل البيت
11 La mère de Muhammad était issue de Yathrib
12 - Muhammad invita ses proches parents, ses oncles paternels, à un banquet pour les avertir de sa mission prophétique mais aussi, leur expliquer ce qu’il attendait d’eux;donc recevoir leur autorisation et leur protection enfin, leur contribution pour supporter avec lui son futur fardeau. Nous sommes à un moment où «l’islam» n’est encore qu’une affaire privée -Muhammad- Khadija - ‘Ali. C’est surtout la première déclaration de Muhammad, 18 ans avant Ghadir Khum de son successeur attitré, son wasir, son frère, son khalifat après lui lequel n’est autre que son plus proche parent, cousin germain, gendre défenseur de la révélation coranique ‘Ali ibn abi Talib.
13 Bukhari, Muslim, an Nasa’i, abu Dawud, ibn Maja, at-tirmidhi
14 Josef Van Ess «Der Eine und das Andere» en deux tomes, éd. Gruyter. Beobachtungen an islamischen häresiographischen Texten.
15, « Histoire et tradition sacrée : la biographie impossible de Mahomet », Arabica, vol. XLIII, 1996
16 Geschichte des Arabischen Schrifttums Band 1: Qur´ânwissenschaften, Hadith, Geschichte, Fiqh, Dogmatik, Mystik bis ca 430h. Leiden E J Brill 1967
17 Pluriel de hadith
18. Hadith al ifk ou la tradition de la calomnie ( envers ´A´icha laquelle est dans l´ordre chronologique la troisième épouse du prophète) voire les diagrammes au chapitre I selon les recensions de az-zuhri, ibn Ishâq Waqîdî
19 Amir Moezzi,le coran silencieux et le coran parlant,sources scripturaires de l´islam entre histoire et ferveur, Cnrs éditions Paris 2011
20 D´une part, les traductions qui donnent proches parents renvoient avant tout aux oncles paternels, les agnats figures de l´autorité dans le monde tribal mecquois. D´autre part, le concept de famille prophétique est essentiel car il est au cœur de la succession dans le coran.
21 Les anthropologues et autres historiens peuvent parler de religions sécularisées en référence au communisme, marxisme, maoïsme, néolibéralisme etc....
22 Quelques sources sunnites: Bukhari, Sahih, ‘ilm 39, maghazi 83, marda 17, i’tisam 26; Muslim, Sahih, wasiyya 22; al Sharastani in «milal...» reprend Bukhari. A propos de la mise à feu et l’attaque de la maison de Fatima et ‘Ali par ‘Umar: Ibn Hisham,Sira vol 4 p306; Ibn Abi Shayba, al musannaf, kitab al maghazi vol 8 p572; (pseudo) Ibn Qutayba al imama wal siyasa p 12-13; Baladhuri ansab al ashraf vol 1 p 586; Tabari, Ta’rikh vol 2; Ibn Abd Rabbih, al ‘Iqd al farid vol 4 p 93. Les allusions aux violences de ‘Umar faites à Fatima: Baghdadi, al farq bayn al firaq; Dhahabi mizan al i’tidal; Safadi , al Wafi b’il wafayat; Maqrizi, khitat vol 2 p346.etc
23 L’argument de l’age est constamment utilisé par l’orthodoxie sunnite; pourtant, trois ans plus tôt et en dépit de ses quinze ans seulement, ’Usama fut l’un des quelques compagnons à défendre le prophète au péril de sa vie lors de la bataille de Hunayn quand abu Bakr ‘Umar Uthman abu Ubayda ibn Jarrah etc etc prenaient eux de nouveau leurs jambes à leur cou...
24. Omar fut choisis par Quraych lorsqu´il était encore «païen» pour tuer le prophète, peut être du fait que sa sœur et son beau frère rejoignirent la nouvelle alliance. Ibn Ishaq, al sira al nabawiyah,160; ibn Asakir,Mukhtasar Tarikh Dimashq 18:271
25 Omar en ce jour a félicité ´Ali ibn abi Talib:-« bravo, tu es aujourd’hui le leader, mawla, de tous les croyants et croyantes.» Ibn Hanbal, musnad 4,81; ibn abu Yallah al-Musilli,musnad; abu Bakr b. Abi Shayba, al musnaf; Abu Bakr al Baghdadi, sirr al alamin; Al Ghazzali al milal wal nihal; al-Sharastani,al bidayah wa al nihaya 5,209; Tafsir Tabari, 3,310. Allamah Amini in Al-Ghadir 1,283, a compilé plus de 60 auteurs sunnites de référence qui rapportèrent les félicitations de Abu Bakr et ´Umar à ´Ali sur sa nomination en tant que successeur du prophète à Ghadir.
26 Kitab sulaym ibn Qays al Hilali, version bilingue arabe-allemand Rafidah publication 2016 par Zehra Akman et Ferdaus Nayyer.Extraits de la traduction dans «le coran silencieux, le coran parlant» de Amir Moezzi, Cnrs éditions 2011
27 Al Miqdad, Abu Dharr, Salman al Farisi, Ammar ibn yasser et Zubayr al awamm
28 Kerbala, en Irak à la périphérie de Kufa, le 10 de Muharam 680, al Husayn accompagné de sa famille et de ses fidèles (circa 70 personnes) sont massacrés par un corps armé omeyyade commandé par Omar Saad ibn abi Waqqas. Ce dernier avait pour ordre de recevoir l’allégeance de al Husayn pour le nouveau calife Yazid. Or, al Husayn refusa. Après une dizaine de jours de pourparlers le massacre intervint. Les femmes et enfants (le nouveau né de al Husayn fut transpercé de traits) hachémites furent déportés au Sham enchaînés via Kufa et détenus environ 1 an avant leurs élargissements. Dans la psyché collective chiite, le jour d’Achoura donne lieu à des commémorations annuelles mais surtout, c’est comme si cet événement tragique s’était passé hier.
29 Muhammedanische Studien v.1 et 2, Halle A.S, Max Niemayer 1890, Verlag Hanse aujourd’hui réédité avec beaucoup d’autres textes du 19 siècle.
30 Sufyanide ou bien les fils et petits fils de abu Sufyan descendants de la branche de abd Shams ( omeyyade)
31 Marwanide soit les descendants de Marwan ibn Hakam qui fut ministre de ‘Uthman mais aussi son gendre, puis il sera calife enfin, lui succédera son fils Abd al Malik ibn Marwan le fondateur du dôme du Rocher qui fera de l’arabe la langue de l’administration officielle.
32 La dynastie renaîtra en occident par le biais d’abd ar Rahman I qui mettra cinq longues années à rejoindre al Andalus au péril de sa vie accompagné de son fidèle esclave Badr qu’il mettra par ailleurs à mort n’ayant plus aucune confiance en quiconque...Il fonda l’émirat omeyyade de Cordoue en 756.
33. the succession of Muhammad, a study of the early caliphate, Cambridge University press 1997
34 Josef Van Ess: Theologie und Gesellschaft im2.und 3 Jahrhundert Hidschra. Eine Geschichte des religiôsen Denkens im frûhen Islam, Band1-6
35.H. Motsky«the collection of the Qu´ran» a reconsidération of western views in light of recent methodological developpments », der Islam 78,2001, 1-34 voir aussi son dating Muslims traditions : a Survey, Arabica,52,n°2,2005,p.204-53
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