Le califat-imamat selon l´orthodoxie(sunnisme)

 

Le califat-imamat

selon l'orthodoxie sunnite



Voyons en bref quelques arguments théologiques. Tout d'abord, la divergence entre «eux et nous», les chiites sont qualifiés d'innovateurs. Qu'en est il du fait de suivre les rites du Hajj derrière leur calife «et cela même s'ils font partie des plus perverses créatures de Dieu». Ici, on pense obligatoirement à la justification du pouvoir omeyyade (Yazid ibn Mu'awiya et son propre père dont nous avons déjà relevé les faits qui peuvent leur être reprochés).

Pourtant au départ, le sunnisme reconnaît que nul n'a d'autorité sur qui que se soit et que la question de la succession est absente du coran. Ensuite, il est réaffirmé que le prophète ne nomma personne donc, on peut se demander d'où tirent ils la conclusion d'une légitimité des trois premiers calife? Il faut être cohérent. En admettant la réunion privée de la Saqifa où il n'y avait qu'une poignée d'individus voire au plus une quarantaine, on ne peut pas par conséquent considérer ce nombre comme faisant une minorité en tant que telle. Or, pour la bay'a, l'ensemble de la communauté est requis. Mais, admettons que ces individus fussent des érudits, des savants, des gens d'expérience et de raison, ahl al hal wal aql et qu'ils fussent infaillibles. Or, le sunnisme rejette le concept d'infaillibilité après le Messager de dieu. Donc, cela n'est pas une preuve pour légaliser et légitimer Saqifa. Il y a ensuite Fitna seulement si c'est Dieu lui même qui a donné ce droit d'autorité sur les autres. Or, ce n'est pas le cas selon les sunnites par conséquent, Abu Bakr, 'Umar et Uthman n'ont pas la légitimité religieuse. C'est simplement la preuve de cette théorie du fait accompli ni plus ni moins. Autrement dit, nous sommes dans l'arbitraire de surcroît illicite et illégal.

Le coran 53,3-4 apporte un éclairage intéressant:

-«Et il ne prononce rien sous l'effet de la passion, ce n'est rien d'autre qu'une révélation inspirée». La légitimité selon ce verset vient donc bien de dieu à travers sa révélation descendue sur son Messager. Puis en Coran 28,68:

- «Ton seigneur créé ce qu'il veut et il choisit(...), il ne leur a jamais appartenu de choisir». Ce verset est fondamental; il détruit en lui même d´une part, Saqifa, et d´autre part, ‘Umar et Uthman dont les élections sont une usurpation claire et nette de la vision coranique divine. En Coran 33,6:- «Le prophète a plus de droit sur les croyants qu'ils n'en ont sur eux mêmes». Ici visiblement, nous sommes face à un droit prioritaire moral soit, l’autorité avec sa représentation politique. Les sunnites entretiennent enfin, la confusion en jouant sur le terme de mawla du hadith de Ghadir Khumm comme déjà vu plus haut. En revanche, s'agissant du droit prioritaire avec le terme de awla, on ne peut plus entretenir le doute sur le sens. Dans le hadith original dit de Ghadir, c'est le messager qui définit lui même le sens du mot mawla où, il répondit aux interrogations des compagnons ajoutant la wilaya de 'Ali comme un droit prioritaire.

La différence théologique de l'imamat chiite et sunnite est donc définit par la preuve textuelle logique qui revenait donc à celui qui était nommé textuellement par Celui qui détenait l'autorité divine. Aussi, en l'absence de cela, l'autorité, la succession, l'imamat ne sont donc valables pour personne après le messager de dieu sauf si cette personne est infaillible. Or, seul le prophète l'est. Mais selon eux, on s’aperçoit que les compagnons étaient dès lors des hommes parfaits qu'ils soient gens de justice, de bon sens, d'une minorité ou d'une majorité bref, issus d’une unanimité; donc là aussi, ce n'est pas suffisant pour affirmer la légalité de la succession par le simple fait accompli. Ce dernier n'est pas une preuve mais, un fait, rien de plus. Pour les sunnites, l'unanimité passe par le consensus dit, ‘ijma. Comment expliquer le fait que 'Ali et banu Hashim plus généralement n'ont pas pris part à cette consultation? Il appert donc que l'unanimité n'y est pas puisqu’ils étaient absents d'où l'action ultérieure entreprise par les usurpateurs de lui faire proclamer la ba’ya par la force.

Le coran est supposé être l'unique source scripturaire fiable de référence pour les historiens occidentaux travaillant sur le fait coranique. Le Marji al Haydar qui dirige l’école de Qom en Iran part de ce postulat puisque le livre de dieu est le fondement théologique et juridique de l’islam. L’intérêt des interventions du marji 1 réside plus généralement pour notre enquête dans sa manière très didactique d’approcher l’historiographie sunnite toujours à l’épreuve du coran. En effet, s’il arrive que des ahadith contredisent la parole coranique dans sa lettre et son esprit, nous sommes donc obligatoirement face à une forgerie. Il soumet les allégations de ses nombreux détracteurs2 à la logique interne du texte afin de mettre en exergue l’ignorance de ces hommes3 de religion qui ne connaissent pas même leur propre patrimoine scripturaire historiographique.

Attachons nous maintenant aux questions relatives à dieu à partir de deux postulats coraniques: l'eschatologie et le profane.

La théologie sunnite de l'imamat part des faits après la mort du prophète pour en déduire ensuite la légalité de l'imamat enfin, sa légitimité en tant qu'autorité religieuse morale sur le pouvoir politique. Or, on ne trouve nulle trace de cela dans la sunna du prophète et encore moins dans le coran, source fondatrice de la foi, du droit positif, de la loi divine, dogme, doctrines etc. On rappelait plus haut qu'un hadith qui contredirait le coran serait de fait une aberration. Les sunnites qualifient la preuve d'après ce qui eut lieu! Pourquoi avoir opter pour une telle direction pour légitimer des actes? La réponse est que le prophète n'a jamais parlé de ce sujet, ni le coran, ni aucune directive laissée de sa part avant sa mort...Ainsi, le seul choix possible fut de suivre la voie prise par les compagnons après son décès. Le danger d'un tel argument est concrètement sous nos yeux jusqu'à ce jour de 2023: un déchirement communautaire qui dure depuis déjà 14 siècles. Le prophète aurait dit:

- «toute personne qui meurt sans lui (le calife) avoir prêté serment d'allégeance est mort de la mort de l'ignorance (de l'age préislamique)»; par calife, il entendait le juste, non le chef corrompu. Dans Sahih Muslim V.3-1478-1851 et dans al sunan al kubra V. 8-270-16876:

- «Toute personne venant à décéder sans avoir connu son imam décède de la mort comme dans la jahiliya».

Dans le Sahih de al-Bukhari V.2-381 sur Fatima et Abu Bakr, nous voyons l’épisode de l'allégeance non donnée de Fatima. En effet, elle est morte sans avoir donnée sa bay'a, par ailleurs, en colère contre Abu Bakr. Concrètement dit, elle ne l’a pas reconnu alors selon le raisonnement sunnite, la fille du prophète dont le père a dit d'elle qu'elle était la maîtresse des femmes du paradis serait alors morte de la mort de la jahiliya. Tel est le raisonnement logique selon le sunnisme. Comment peut on approuver cette vue d’esprit sur Fatima que le prophète chérissait plus que tout. II y a visiblement une contradiction dans cette dialectique. Au vu de la définition du sharh al mawaqit de al Ijli (m. 756 h), ouvrage commenté et annoté par al Jurjani (m 812 h) concernant la question de l'imamat et ce qui en découle, cela ne fait partie ni des bases de la religion ni de la croyance car ni le coran ni la sunna n'en ont parlé. L'imamat fait partie pour une majorité des sunnites des points secondaires de la religion contrairement aux chiites (dixit l'opinion majoritaire) pour qui l'imamat est la base de la religion4.

Au contraire, cela fait partie des points secondaires qui concerne le libre arbitre des hommes doués de raison. Les hommes ne peuvent rester sans chef. Ils peuvent choisir le leur car c'est une nécessité pour la umma de prendre un imam; donc, ce n'est pas dieu qui en a décidé ainsi, mais bien la communauté. Or, si c'est vraiment une affaire secondaire, elle devrait par conséquent être classée avec le fiqh, non avec le kalam. Cela semble contradictoire. Les savants de la théologie interprétative ont pour habitude de placer cette question à la fin de leur ouvrage. L'imamat est une gouvernance donc une question mondaine qui n'a rien à voir avec l'au delà; autrement dit, les affaires publiques et religieuses attribuées à une personne parmi d'autres. auteur chiite al Faydh adopte la logique sunnite, il dit:

- «chez les ash'arites, l'imamat c'est la succession du messager de dieu pour la préservation de la religion et de la communauté, il est donc obligatoire que la majorité lui obéisse».

Or, nous avons en Coran 2,124:- «(...)Je vais faire de toi un exemple (un imam) pour les hommes(...)». L'imamat est donc un don de dieu. Le coran est clair sur la question de l'imamat comme dieu a donné à Ibrahim le don de la prophétie. Cela signifie que n'importe qui ne peut pas être guide, imam, s'il n'est pas savant et inspiré. D’ailleurs, en C. 6,124:

- «(…) Allah sait mieux où placer son message(...)»

L'imamat nécessite donc le don divin mais les sunnites affirment que cela est une résultante non une attribution en rapport avec le verset 28,4:

- «Nous fîmes d'eux des dirigeants qui appellent les gens au feu. Et au jour de la résurrection ils ne seront pas secourus».

Quelles sont les responsabilités de l'imamat? Le coran 21,73 est clair à ce propos:

- «Et Nous avons fait des imams pour guider les humains selon Nos ordres.»

Il ne s'agit pas d'une simple guidance de type profane mais bien de suivre «Nos ordres». Il faut se demander ensuite quelle est la différence entre la guidance du prophète et la guidance de l'imam?

Nous avons vu qu'il y avait «une guidance par Nos ordres, ils ont enduré et ont la certitude éprouvée de nos signes», «Et Nous leur révélâmes de faire le bien, d'accomplir la prière et d'acquitter la Zakat. Et ils étaient Nos adorateurs.»

Il y a deux bases essentielles pour accéder à l'imamat. D'une part, l’une concerne la science et l’aptitude à arriver au niveau de la certitude et d'autre part, elle concerne la pratique au niveau des endurants. Maintenant, voyons quelques points incompatibles avec l'imamat.

D’une part, il y a l'injustice en C. 2-124: -«[Et rappelle-toi,] quand ton Seigneur eut éprouvé Abraham par certains commandements, et qu'il les eut accomplis, le Seigneur lui dit:- "Je vais faire de toi un exemple à suivre pour les gens".

- "Et parmi ma descendance"? Demanda-t-il.

"Mon engagement, dit Allah, ne s'applique pas aux injustes».

Notons qu’après ces quelques versets significatifs, il est bien étrange que les juristes se soient basés avant tout sur les récits et les ahadith! Les chiites de leur coté sont tombés dans le même piège que leurs collègues sunnites. Ahl ul bayt (école jafarite) s’est fondé sur quatre points pour démontrer leur statut et celui de l'imamat:

1.l'imamat est un don de dieu

2.l'imamat est une guidance ordonnée par dieu

3.l'imamat implique la certitude et l'endurance

4.l'imamat contre l'injustice».

Un autre pilier de l'imamat est son caractère continu qui est donné dans l’interrogation

«et parmi ma descendance? Demanda Ibrahim.

«Et nous le bénîmes ainsi qu'Isaac». Parmi la descendance, il y a l'homme de bien et celui qui est manifestement injuste envers lui même; du moment qu'il y a un bienfaiteur par excellence Mohsen dans la descendance d'Abraham, il y a la promesse divine continue.

Ainsi, nul besoin de recourir aux récits pour prouver l'existence du Mahdi car le coran se suffit à lui même. Qu'est ce que la certitude yaqin dans le coran? Atteindre absolument le niveau pour être imam. En C. 6,75:

- «nous avons montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre afin qu'il fut de ceux qui croient avec conviction, muqinin..» Sans cette certitude, il ne peut pas être imam puisqu'il doit disposer de la science de la certitude, connaître cieux et terre. Des savants comme al-Tabarsi ou d'autres akhbarites nous dit encore le marji Haydari n'ont pas compris le statut et le rôle de l'imam. Ils en ont déduit que les noms des imams étaient dans le coran mais, il a été falsifié. Que signifie la valeur de at-tanzil? Par l'expression comme il a été révélé, cela signifie simplement que si on arrive à méditer dessus et déceler son sens alors se dégagent des significations certaines.

L'Imam dit:- «si vous lisez le coran comme il a été révélé vous aurez remarqué que nous sommes clairement nommés dedans». Comment cela est il possible, leurs noms ne sont pas dans le coran? Cela prouve qu’il y a bien eu une altération évidente au cours de l’histoire. Quelle est l'importance d'avoir leurs noms? Ce qui compte ce sont leurs attributs et les conditions de leur statut. Contrairement au nom, les descriptions permettent la connaissance des attributs et ne peuvent pas être manipuler ou éliminer. - «O Allah, pourquoi n'as tu pas nommé 'Ali directement pour que personne ne se trompe?» La raison est que des centaines de 'Ali viendront prétendre qu'il s'agit d'eux dans ce verset si la précision manque 'Ali ibn Abi Talib. D'une certaine manière, ce n'est pas dans les habitudes du coran que nous avons entre les mains puisque jamais il ne dit, Muhammad fils de Abdallah sauf pour 'issa ibnu Maryam. Ce raisonnement du marji Haydari dans ses cours que nous avons suivis sur YouTube concerne la théorie d'ahl ul bayt telle qu'elle fut établie au V siècle de l'hégire. Avant cela, les proto chiites n'envisageaient pas un instant de s'accorder avec les usurpateurs après ce qu´ils firent- leur conspiration contre le prophète- et de trouver des compromis sur le mushaf, sa lettre et son esprit. En outre, ils dénoncèrent la falsification, l'occultation et la dissimulation pratiquées sur le coran. Les conséquences pour ahl ul bayt furent terribles ainsi que pour leurs fidèles…Que pouvons nous dire enfin de ces deux termes: - khalifat et imam.

Tout d'abord, ils ne sont pas synonymes. Khalifat désigne généralement celui qui succède au pouvoir à un autre homme; il n'est pas obligatoirement de nature institutionnelle, politique alors que l'imam lui accentue la fonction de la direction. Le terme calife revient neuf fois dans le coran et imam douze fois. Il y a comme on l'a vu, une évolution non dénuée de confusion dans les termes employés par les juristes à savoir à qui revient le pouvoir suprême; alors, ils traitent de la question de l’imamat. Mais, avec l'arrivée de la dynastie omeyyade, c'est le mot khalifat qui est utilisé pour désigner le chef de l’empire islamique. D'autres termes ont vu le jour comme Amir al Muminim (‘Ali ibn abi Talib). Toutefois, chiites et kharijites parlent uniquement d'imam. Les Ulama qui s'occupaient de l'autorité religieuse adoptèrent le terme dès le II siècle de l'hégire. Celui qui mène la prière est aussi appelé imam. Bref, on le voit les non initiés ne s'y retrouvent pas entre ces appellations. Pour les chiites se fut un gros problème théologique lorsque Khomeyni s'empara du titre d’imam qui n'est donné qu'aux 12 Imams descendants de Fatima et 'Ali donc du prophète. Qu'est ce que l'on peut ajouter d'autres, si ce n'est que l'histoire de ces mots-concepts déployés par les savants religieux au cours des premiers siècles de l'hégire trouve des réminiscences dans les sociétés orientales où le chef était un intermédiaire entre la terre et le ciel et notamment le sauveur Mahdi notion seulement chiite. Cependant, dans le coran, calife et imam ne signifie pas pouvoir politique ou autorité à proprement parler, ce sont les hommes qui donnent ces sens; on note dans le coran les termes comme mulk, royauté, malik, roi lesquels renverront bizarrement à la royauté de dieu sur le monde: versets: 2-107/ 3-189/ 5-17,18,40,120/ etc.

Dans le verset 3-26, dieu reçoit le titre de malik al mulk «c'est lui qui octroie la royauté aux hommes» comme le rappelait le marji Haydari dans son bref commentaire sur la vision sunnite de l'imamat. Les Saoud au pouvoir ont quant à eux choisi le terme de serviteur des deux lieux saints, khadim al haramayn.

                                                                                        fin


1Le Marji est la plus haute distinction religieuse intellectuelle dans la curie chiite, il est donc source d´imitation pour les fidèles

2 le plus souvent des prédicateurs wahhabites salafistes pro omeyyades

3 Nous verrons dans le prochain chapitre quelques individus ayant pignon sur rue dans le royaume saoudien ou au Koweït, gestionnaires du sacré wahhabite, par ailleurs dénoncé par les savants du royaume saoudien pour leur ignorance et leur dangerosité pour les populations et plus largement à l’échelle mondiale du fait des chaînes de TV par satellite

4 Voir à ce sujet l’étude de Mohammad Ali Amir Moezzi chez Verdier, en 1994, le guide divin dans le shi’isme originel, consacré notamment à la figure de l’Imam, guide spirituel par excellence...

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