Le travail de l´idéologie de combat des savants religieux au service de l´orthodoxie
Lieux, modes et genres des récits
Il y a différentes manières de rapporter l’histoire ou de la faire discourir en fonction de son appartenance religieuse, ethnique, politique ou idéologique.
Pourquoi les hommes transmettent ils aux générations futurs des récits visant à rendre intelligible l’existence humaine et son devenir? Dans un autre temps, pourquoi les informations essentielles à la compréhension des événements relatés dans les textes comme les lieux, les dates, les noms propres etc, sont elles ainsi expurgées de la narration? Quel est le sens de cette épuration ou occultation? Est ce que l´historien peut rester neutre dans son reportage?
La question de l’intégrité des hommes de lettres comme nous nous en rendons compte en cheminant dans les textes de la tradition islamique est fondamentale comme du reste celles ou ceux qui de nos jours les interprètent. L’imam ‘Ali disait que: «le mushaf (corpus, livre-objet) est silencieux, ce sont les hommes qui le font parler..» Tabari est un savant d’origine persane né à Amol dans le Tabaristan en 839 (225h) qui composa une monumentale «histoire universelle» allant de la genèse biblique à son époque(m.923). Elle fut traduite au XIX siècle en français; quant à son tafsir, commentaire coranique en plus de 20 volumes, il ne fait l’objet d’aucune traduction française intégrale voire d’études critiques exhaustives1 permettant au non arabophone d’appréhender sa pensée théologique eu égard à son éminent statut d’exégète historien juriste puisqu’il était l’imam de sa propre école. Il est devenu la référence absolue de l’orthodoxie islamique et donc des universitaires occidentaux islamologues et historiens des religions. Ses chroniques de l’époque islamique sont plus ou moins des compte rendus détaillés d’événements militaires, politiques de nature anecdotique informative2 dans lesquels les principaux protagonistes font l’histoire musulmane. Il reste fidèle à ses prédécesseurs tels ibn Ishaq dans sa sira (biographie du prophète) ou encore à ibn Saad dans ses tabaqât (les générations) dans le sens où il ne s‘écarte pas du point de vue majoritaire des ahl al qibla. Cette appellation consensuelle a pour elle la «neutralité» religieuse dirons nous avec ironie au regard des autres partis en lice aux attributs et appellations tout aussi polémiques; en fait, comme toujours, les vainqueurs de l’histoire nomment les choses et les hommes. Les hommes de pouvoir s’appliquèrent à éradiquer toutes traces compromettantes ou controversées du phénomène islamique. C’est la raison pour laquelle nous avons coutume de parler d’une histoire mutilée et mutilante. En effet, l’idéologie de combat intervient dans chaque culture, époque, lieux pour faire l’apologie du dit pouvoir et des hommes comme étant comme ici bas les meilleurs des hommes, la meilleure des générations (sic). L´historiographie des débuts de l’islam, sa lettre et son esprit, telle qu´elle fut rapportée fut contestée dès le début par ahl ul bayt et leurs fidèles durant les trois premiers siècles de l’hégire. Les faits historiques sont là impétueux parsemant les sources scripturaires musulmanes toute école confondue comme autant de reportages, de récits corroborant point par point une histoire qui est tout sauf harmonieuse et consensuelle. Les lots de cette fable historique sont les trahisons, les insurrections, les innovations blâmables et récurrentes d´un pouvoir califale de Médine dixit les trois premiers califes puis la dynastie omeyyade fondée par Mu´awiya. La révolution d’abu Muslim renversant les omeyyades en 755 après quasiment quatre décades de conflits savamment étouffés par l’orthodoxie abbasside postérieure dans son souci de construction d´un récit mytho historique. At-Tabari écrit ainsi dans un contexte idéologique anti omeyyade et anti alide. Il avance l’idée que la connaissance du passé ne s’obtient pas par recours à l’entendement quand Ma’sudi dit que le livre d’histoire n’est pas une réflexion théorique. On se rend compte à la lecture des historiens musulmans qu’ils sont de faits tous plus ou moins théologiens dans l´âme. En revanche, tous sont dépendants du pouvoir politique puisqu’ils écrivent pour ce dernier dont les ouvrages sont généralement des commandes à l´instar de la sira de ibn Ishaq qui fut écrite pour le fils du calife Al Mansur lequel voulait que sa progéniture connaisse l´histoire islamique à la sauce abbasside bien entendu.
Tabari était en conflit ouvert avec la secte hanbalite outre sa détention en résidence surveillée3.
L’histoire selon la vision musulmane serait déjà inscrite dans ses moindres détails sur une table gardée, law al mahfuz selon le coran. Tabari n’est pas seulement historien; il représente d’un point de vue historique un pallier dans l’exégèse coranique dans le sens où il y a un avant et un après Tabari. Pourquoi? Sa pensée est encore ouverte sur diverses interprétations recevables ce qui ne sera plus le cas après lui en raison de la fixation définitive de l´orthodoxie en 1017. Il relève toutes les gloses possibles qui lui semblent digne d´intérêt toutefois dans certains cas, il néglige 13 exemples possibles de lectures traditionnelles, qirâ’ât au sujet de l’héritage en C. IV,12 et 176 spécialement le phénomène dit de kalalatan, nous dit M. Arkoun dans «lectures du coran».
Avec l´orthodoxie triomphante, les érudits musulmans qui osent remettre en question la doxa se voit qualifier par les censeurs de kufar, mécréant.
Ce verset est intimement accolé dans la tradition musulmane (hadith) à ‘Umar ibn al Khattab. En effet, ce dernier semblait incapable d’en comprendre la signification exacte et ce jusqu’à sa mort. Ce fait anecdotique n’est pas anodin et nous le choisissons à dessin car il contredit totalement les allégations sunnites salafistes wahhabites pro omeyyades qui font de ‘Umar ibn al Khattab l’homme le plus savant après le prophète. En effet, selon ‘Uqba ibn ‘Amir le prophète aurait dit:
«-Si après moi un prophète devait venir, se serait ‘Umar4 ». Il y a des centaines de dits prophétiques du même acabit à l’instar d’un hadith qui remonterait de surcroît au propre fils de ‘Ali, Muhammad ibn al Hanafiyya:
- «je demandais à mon père qui est le meilleur des hommes après le prophète? il répondit:
- abu Bakr. Je dis:- Qui après lui?
- Umar. Je craignais qu’il dise:
-‘Uthman, alors, je dis et ensuite toi. Il rétorqua:
- je ne suis qu’un homme dans les rangs des musulmans5».
La quête d’une légitimité quasi prophétique est constante dans les six livres canoniques du hadith sunnite jusqu’à mettre en scène ’Ali ibn abi Talib et sa progéniture entérinant à posteriori un choix califal. Mais, donnons les circonstances de la descente du verset coranique dit de kalalatan: «- ibn Waki nous a rapporté d’après Muhammad ibn Humayd d’après Ma’mmar d’après Ayyûb d’après Ibn Sirin qui a dit : «-Le verset (….)Yastaftunaka...» est descendu alors que le prophète était en déplacement; à son coté marchait Hudayfa ibn al Yaman. Le prophète transmit le verset à Hudayfa qui le transmis à ‘Umar qui marchait derrière lui. Quand ‘Umar devint calife6 il interrogea Hudayfa à propos du verset espérant qu’il en connaîtrait l’exégèse. Par dieu répondit Hudayfa, tu te trompes vraiment si tu crois que ta fonction d’émir me porterait à te dire au sujet de ce verset ce que je ne t’ai pas dit le jour où il est descendu.
- «je n’ai pas voulu cela dit ‘Umar». Une autre version précise: -«Par dieu, tu es vraiment sot si tu as pu croire que l’Envoyé de Dieu m’a enseigné son sens; je te l’ai transmis tel qu’il me l’a transmis lui même et par dieu, je n’ajouterai rien à ce sujet.
‘Umar quant à lui répétait: «-Mon dieu, si tu as rendu ce verset clair à quelqu’un, il n’est pas du tout clair pour moi». Nous avons des témoignages oraux sur des situations de discours de l’époque coranique mettant en scène des compagnons dans leur quotidien à l’instar du hadith ci- dessous sur ‘Uthman rapporté par deux traditionnistes différents un siècle et demi plus tard: ibn Abi Shayba et Ibn Hanbal 7…
Tout rapporteur de propos d´ordre historique politique est tributaire de son époque donc du contexte dans lequel il parle; l´imam Ahmed en sait quelque chose. Remontons plus en amont à l´époque prophétique avec abu Hurayra et ´Aísha: le premier connaît une nouvelle vie sous le règne de Mu´awiya. Aussi il deviendra le transmetteur par excellence de milliers de hadith; quant à la seconde, elle est l´une des nombreuses épouses de Muhammad mais surtout, la fille du premier calife. Elle est compromise dans plusieurs scandales8 ce qui égratigne sérieusement son image d´épouse pieuse et vertueuse à l´éthique irréprochable. La fiabilité des sources musulmanes devient par conséquent problématique en soi lorsque les acteurs sociaux, les rapporteurs puis les transmetteurs qui finalement forment une courroie dont la probité doit être irréprochable selon l´orthodoxie musulmane et plus particulièrement dans la science du hadith mise en place pour écarter le vrai du faux.
Qui dit corpus dit tri dans une masse de documents et par conséquent, cela signifie l´élimination de certains textes au profit d´autres. Il y a toujours un arbitraire lorsque l´on constitue un canon. La véracité des faits rapportée n’est pas une priorité pour le pouvoir en place car il s´agit avant tout de propagande politique dont l´unique but est de parer le pouvoir d´attributs qu´il ne possède pas. Pour abu Hurayra, l´essentiel est de satisfaire son employeur avec des récits conformes aux attentes du pouvoir c´est à dire ici aux critères imposés par Mu´awiya ibn abi Sufyan. Ce dernier le propulsera en remerciement du travail accompli à un poste de gouverneur. Quelle belle promotion sociale pour cet homme illettré issu de la banquette9.
Le gestionnaire du sacré est généralement au service du pouvoir central. Il arrive que sa parole soit censurée risquant même la prison comme on l´a vu plus haut voire une mise à mort brutale10. L´exemple de l´imam Ahmed ( ibn Hanbal) est significatif car il nous dit en une phrase lapidaire tout ce que le message divin a perdu face au politique.
Il semble que la fabrique de l´histoire ou la construction d´un récit mytho idéologique est une machine à broyer des vérités. Le pouvoir politique par la plume de lettrés soumis fixe la doxa dans un premier temps, pour dans un second temps clôturer l’esprit et la lettre de la révélation coranique. Dans les faits, des hommes de lettres, juristes, docteurs de la foi ont enfanté une dite loi divine sharî’a totalement restrictive là où l’injonction coranique C.45,18 se contentait de parler de la voie en tant que direction à suivre! Certes, le problème auquel les juristes des époques ultérieures durent faire face était beaucoup plus complexe qu’à l’époque coranique ou même à celle des califes de Médine.
En effet, les fuqaha avec les conquêtes musulmanes durent gérer sur le long terme des situations nouvelles complexes en raison de populations culturellement théologiquement sociologiquement hétéroclites dans les territoires sous domination musulmane où les musulmans étaient minoritaires11. Il y a un déploiement continu de logiques antagonistes: monde tribal versus empire, formation étatique hégémonique versus sociétés segmentaires, monde nomade versus monde sédentarisé voire société citadine versus paysannerie, culture savante soit culture élitiste versus culture de masse ou populaire, orthodoxie versus hétérodoxie.
Les fuqaha et ulama ont crée une législation avons nous dit, un droit positif, qui ne faisait que répondre à des préoccupations profanes. Ces hommes représentent le califat dans notre cas. Dans l´antiquité, Platon imagina une utopie politique avec la République. Un roi philosophe éclairé serait à la tête de l´état.. Mettre en pratique une théorie politique philosophique est impossible; les nombreux exemples tirés de l´historiographie gréco-latine ou musulmane nous le prouve. La mise à mort de ibn al Muqaffa12 symbolise cet arbitraire califal en raison du jeu politique synonyme bien souvent d´insécurité au quotidien pour sa propre vie. La fonction de fonctionnaire, katib au service du tyran est tributaire du jeu de cour avec ses intrigues.
Avec les idéologies califales- omeyyade puis abbasside- la pensée raisonnante est prisonnière de la clôture dogmatique depuis Al Qadir autour de 1017.
Aujourd’hui, les sermonnaires pullulent sur les chaînes câblées; ils sont la preuve éclatante de cette indigence intellectuelle de surcroît totalement décalée; ils rabâchent ad æternam les mêmes poncifs...Ainsi, nous pouvons montrer par un simple parallèle le niveau d’intelligibilité des discours et à plus forte raison des œuvres produites par ces hommes de l’adab13 philosophique un millénaire plus tôt considéré comme une science intruse par ceux-là mêmes qui cherchaient justement à clôturer le chapitre de cet esprit humaniste d’ouverture philosophique qui caractérisa ce grand moment de floraison intellectuelle des 9/11 siècles (Jahiz, al Kindi, abu Hayyan Tawhidi, Miskaway etc) où la disputatio, munadhdhara était à l’honneur outre, une rigueur exégétique linguistique grammaticale d’un Fakhr al Dine ar Razi par exemple, face de l’autre à ce que M. Arkoun qualifiait de bavardage pour qualifier les exégèses contemporaines en dépit des dix siècles d’évolution scientifique technologique séparant ces époques! C’est dire la stagnation terrible de la pensée islamique telle que rendue par cet exemple de M. Arkoun. «La revivification des sciences religieuses» est une œuvre magistrale de al-Ghazzali dont le but premier était de contenir l’avancée de l’adab philosophique. En effet, elle s’inscrit dans une ligne précise au service de l’idéologie conservatrice religieuse seldjoukide. Telle est la vision critique de L’anthropologue et historien de nos jours qui ainsi recadre une œuvre dans son contexte politique d´origine. Dans le cas contraire, c´est à dire en partant de la vision du croyant, on se laisse embarquer en raison d’un titre foncièrement élogieux dans la fantasmagorie d’un renouveau des sciences religieuses, dixit le professeur Arkoun lequel faisait par ailleurs remarquer dans une de ses causeries que le monde universitaire avait tendance à ignorer les sources secondaires dont notamment la culture orale populaire...Il faisait remarquer que de nombreux textes étaient toujours à l’état de manuscrit dans des pages jaunies sans commentaire de marge pouvant faciliter leur étude. Un jour un chercheur doctorant redécouvrira une perle à l’instar du «livre des exemples» de Ibn Khaldun au XIX siècle après des siècles d’hibernation en raison de l’absence d’intérêt porté avant tout par les savants musulmans eux mêmes. Le professeur Arkoun avançait l’idée de pratiquer une sociologie de l’échec14 d’une œuvre importante en contexte islamique à l’instar du grand penseur andalou Averroès et de l’autre de faire une sociologie de la réussite de ce même auteur mais, cette fois dans l’occident chrétien. Il est étonnant de constater qu’un auteur d’une telle envergure soit à ce point négligé voire effacé de la mémoire collective musulmane en dépit de son érudition. En outre, ce savant était le grand cadi de Cordoue versé dans les questions de jurisprudence et enfin, des sciences de son temps. En somme il était un adib. Il fut aussi le médecin particuliers du calife almohade al Mansur. Sa pensée va connaître une immense fortune en occident chrétien de Padoue via Paris jusqu’à Oxford! Voilà un fait intellectuel paradoxal riche d’enseignements car ce constat plus que parlant indique l´importance du lieu d´origine d´où provient le discours, son contexte particuliers, une histoire commune entre cohabitation et échanges commerciaux voire de guerres entre états. Le mythe explique des réalités humaines complexes et n´est en rien la vérité. Pensons à la bataille de Poitiers15 en 732, célèbre événement dans l´histoire de France. Les petits français ont pu lire dans les manuels scolaires durant des décennies: -«Charles Martel arrête les arabes à Poitiers». En effet, un millénaire plus tard sous la plume des idéologues de la 3° République française du XIX siècle, elle devint cet acte fondateur de ce que l’on peut appeler l’identité nationale républicaine une et indivisible comme dieu! Selon l’historien Philippe Sénac16, les sources arabes médiévales ne l’ont pas même recensée...Autrement dit, il ne s´agissait que d´une banale razzia comme l’histoire universelle en a connu sous toutes ses latitudes.
Les historiens contemporains tels Duby, Arkoun, Le Goff, Sénac etc, parlent de construction mytho idéologique. En effet, le ministère du commerce de la troisième République participa activement financièrement parlant à l´édifice de cette cause nationale en passant d’importantes commandes à divers artistes. Ces derniers devaient pérenniser ce «moment historique de fondation» à l’aide d’artifices artistiques emprunts de toute une symbolique ontologique, sémiotique etc.
Ainsi, encore de nos jours, le visiteur du château de Versailles, dans la grande galerie découvre une toile de maître majestueuse où le héros Charles Martel est coiffé de la couronne du souverain. Pourtant, dans les faits, ce dernier n'a jamais été Rex francorum. Par ailleurs, la grande croix sur la toile apporte à la scène une connotation religieuse d´une reconquête à cet événement deux fois plus fondateur donc. Certes, le commun des mortels n’est ni historien ni critique d’art et généralement ignore la réalité anthropologique historique carolingienne laquelle ne connut aucune «reconquête chrétienne»…Enfin, pour clore notre propos disons que l’ennemi de la France en 1870 n’est pas le maure, le musulman venant du sud mais...l’allemand sur son flanc est! Autre exemple d´ordre littéraire maintenant:
la célèbre défaite de Roncevaux immortalisée par «la chanson de geste de Roland» mettant en scène… des musulmans. Or, n´en déplaisent aux réactionnaires islamophobes actuels, l'ennemi des francs jadis sur leur chemin du retour était…basque!
Nous avons une quantité de mythes dans l’hexagone, de Vercingétorix à Jeanne d'Arc en passant par le Panthéon dédié aux illustres hommes de la nation. Chaque peuple, groupe religieux, politique, etc a ses propres mythes fondateurs et ses lieux de mémoire.
La pensée médiévale chrétienne voyait en Muhammad l'antéchrist, un faux prophète de surcroît lubrique. Philippe Sénac a publié un ouvrage fort intéressant en 198317 dans lequel on découvrait que les chrétiens médiévaux brossaient de l’autre (le musulman) qualifié par ailleurs, d´infidèle, de barbare, terme déjà utilisé par les grecs, les romains et les arabes18 eux-mêmes pour qualifier celles et ceux qui baragouinaient un langage. Le lexique de même que les traits physiques qui dépeignent «cet autre» sont caricaturaux à souhait tant dans sa forme littéraire qu’esthétique et artistique à l’instar des miniatures, images, sculptures, bas reliefs des cathédrales, églises voire les fontaines publiques des villages comme à Pernes les Fontaines non loin de Carpentras.
Les chroniques des historiens médiévaux en langue arabe de ibn Sa’ad «Tabaqat», Ma’sudi «murudj adh-dhahab», Shahrastani «al kitab al milal wa’l nihal...», ibn Athir «les chroniques des croisades», al Baladhuri «Ansab al Ashraf» sont généralement accessibles en lecture libre et partielle souvent en version bilingue sur Google Book. Ces œuvres furent traduites au 19 siècle par de grands orientalistes européens. Or, le commun des mortels ne lit pas.
Les textes qui nous sont parvenus de la tradition musulmane sunnite sont au départ des récits historiques anecdotiques informatifs propagés oralement et recueillis par des acteurs sociaux. Ces derniers prenaient évidemment des notes afin de conserver à l´esprit les grandes lignes du récit. Fuat Sezgin dans sa GAS Tome 1 notait que ce phénomène des aides mémoire était très courant au 2. H soit, le 8 siècle du comput des nations. Comment un khabar,(histoire), peut il être à ce point défigurée par leur auteur à l´instar d´ibn Hanbal dont nous narrons plus bas le hadith complet falsifié avec sa version intégrale de ibn abi shayba. L´exemple plus bas montre avec éloquence la nature, le genre des récits dans l´économie politique des contextes dans lesquels vivent les auteurs des récits.
selon le hadith transmis par exemple de ‘A’isha dans Muslim:
- «à la question posée au prophète: qui sont les meilleurs des hommes? - Ceux de ma génération puis les suivants après eux...» Il appert que dans l’inconscient islamique, ces hommes sont les garants de cet islam authentique de Médine, glorifié et idéalisé à souhait par l´orthodoxie. Pourtant, les historiographes musulmans nous ont laissé les traces indélébiles dans des centaines de récits recopiés au fil des années par des générations de lettrés sur leurs comportements pour le moins aberrants contredisant totalement ce portrait apologétique que le pouvoir politique a brossé de ces hommes de tribu. En effet, ils menacèrent leurs camarades, les maltraitèrent enfin s´entre tuèrent (Saqifah, Jamal, Siffin) pour le pouvoir, les biens de ce monde voire pour des femmes19, le pouvoir politique et de ce fait ils trahirent Muhammad par conséquent, `Ali donc le coran et finalement, leur parole donc leur honneur20 à peine quelques heures après le décès du leader avec le célèbre épisode de la saqifa lequel marque le chiisme irrémédiable au sein de la communauté des croyants. Soit le «coup d´état» puis les allégeances forcées enfin, l’attaque de la maison de Fatima et ce toujours dans un laps de temps très court dans le but de recueillir les dernières allégeances des insoumis. Elle perdra la vie quelques semaines (6 mois environ) seulement après son père des effets de cette attaque inique; cet épisode incroyable est falsifié, manipulé dans sa forme et son contenu, son esprit et sa lettre par l´orthodoxie21, raison d´état dirions nous de nos jours et pour cause, les compagnons complotent contre la fille chérie de Muhammad22. Il appartient à ces nombreux impensés et impensables de la pensée musulmane. En effet, sur la toile, la majorité des croyants musulmans s’indigne à la mention de cet événement qui serait une forgerie chiite. Un autre épisode pour le moins intrigant des débuts de l’islam concerne le refus des tribus arabes de payer la dîme annuelle au nouveau calife. La tradition islamique parle des guerres d´apostasie, ridda, meurtrières pour justifier la décision de abi Bakr de les combattre. Or, ces hommes de tribu n´avaient pas fait allégeance à abi Bakr qu´ils ne reconnaissaient point comme leader aussi, elle sortirent naturellement de l’alliance conclue jadis avec Muhammad. Du point de vue de l´anthropologie historique l´islam que nous connaissons aujourd’hui comme religion universelle avec son dogme etc n´existe pas encore donc, nulle apostasie.
Nous avons dit en introduction en reprenant le professeur Chabbi 23 que puisque le leader n’était plus de ce monde, il était logique qu´elles ne voyaient plus de raisons apparentes de rester dans l´alliance de Muhammad. Ce dernier était un leader militairement puissant avec qui les tribus avaient signé un pacte d’alliance donc d’allégeance. Ce qui n´était pas le cas du nouveau calife. Il appert que l´intronisation controversée par ailleurs d´un homme sans généalogie prestigieuse issu de surcroît d’une famille insignifiante24 de Mekka représentait pour les bédouins une aberration culturelle qu’ils ne pouvaient cautionner. Aucun acte de bravoure sur le champ de bataille était relevé pour rehausser son prestige. Or, la tradition orthodoxe sunnite régla le problème en d´une part, donnant les mérites, qualités d´un autre compagnon à Abi Bakr et d´autre part, en dissimulant par un stratagème efficace le fait politique au profit d´une fiction religieuse sous l’appellation plus positive de «guerres d’apostasie». Or, dans les faits encore une fois, les bédouins étaient tout sauf des croyants soumis d´où leur indifférence de cette croyance nouvelle25. Aussi, on en veut pour preuve la révélation de la sourate 9 sur le statut définitif des tribus bédouines récalcitrantes.
On constatera ensuite les nombreuses innovations tant religieuses que politiques sous ‘Umar au gré des bouleversements sociologiques engendrés par les conquêtes. Le phénomène de la méritocratie islamique est l´une de ces nouveautés, les pensions versées, l’acquisition de terrains...Enfin, on observe une corruption endémique s’installant sous ‘Uthman dont les prémices relèvent de l’ère antérieure dont les conséquences immédiates seront une indigeste pauvreté des masses. Par ailleurs, les premiers musulmans témoignent tous du rappel inadmissible des bannis à Médine à l’instar de al Hakam et de son fils, Marwan, lesquels occuperont ensuite des postes clefs dans l’oligarchie omeyyade tribale totalement anti coranique. Cette addition d’éléments majeurs a conduit irrémédiablement la communauté musulmane à la fitna al kubra, la grande discorde (Hichem Djaît). Le hadith devint l’outil rêvé de propagande du pouvoir omeyyade sous Mu’awiya car, le hadith lui offrait l’opportunité que le coran ne permettait pas; c’est à dire, une manipulation des faits gestes et dires du prophète et des compagnons par des muhadiththun à son service grassement rémunérés26 qui sans aucun scrupule falsifièrent la sunna du prophète, autrement dit, l’histoire événementielle. Les gestionnaires du sacré et chroniqueurs ultérieurs composèrent à partir de tout ce matériaux oral de faux-vrais akhbar devenus légendaires dans la conscience collective et qui répondaient à toutes les situations nouvelles qui n’existaient pas dans la sphère tribale primitive de l’islam coranique (sous Muhammad). Ils réalisèrent littéralement et littérairement parlant un véritable coup de maître en transformant cette génération maudite en une référence islamique des pieux anciens. Les épîtres voire toutes prises de position contredisant le récit canonique du pouvoir califal abbasside sont dès lors estampillés de la mention ‘alide soit: hérétique, renégat, mécréant, prévaricateur, extrémiste etc. Les abbassides vont bâillonner maltraiter enfin, éliminer comme les omeyyades avant eux les descendants légitimes de Muhammad par Fatima et ‘Ali, les ahl ul bayt et leurs fidèles. Les muhaddithun au service du pouvoir politique utilisent à dessin des artifices littéraires comme les coups de ciseaux pour narrer l´histoire événementielle politiquement correcte afin de se protéger eux-mêmes et satisfaire l´autorité politico-religieuse. Il appert que dans le cas où le lettré est dans l´impossibilité de moudre un récit sans en détruire totalement sa substance première, le chroniqueur se fera moins exubérant dans ses descriptions plus évanescent face à des faits et des personnages méritant une réelle attention.
L´exemple très répandu de ces «artifices lexicaux» dans le but d’occulter sans en avoir l’air un personnage précis est le fameux «untel, fulan...» Il était de notoriété publique que ‘A’isha vouait une aversion sans limite au gendre et cousin du prophète ‘Ali ibn abi Talib. Ubayd Allah ibn ´Abdallah b. ´Utba b. Mas´ud entendit ´Aischa parler de la maladie du prophète et que celui ci demanda à ce qu´il puisse rester dans sa chambre; aussi, Muhammad appela deux de ses cousins, l´un deux était Fadl b. al ´Abbas tandis que l´autre était untel, fulan, pour le porter ou supporter jusqu´à chez elle. Plus tard, il demanda au fils de al Abbas s´il savait qui était vraiment cet autre homme?
- Ali Ibn Abi Talib, répondit il. Mais, elle ne pouvait pas prononcer ce nom tellement elle le détestait27.
L’objectivité du rapporteur ou rapporteuse de hadith d’origine est remise en question ici surtout lorsque ce dernier ou cette dernière est prise dans un conflit d’intérêt évident? On ne peut que penser à ´A’isha voire abu Hurayrah, etc d’où notre scepticisme quant à l’intégrité morale de la source d’origine de la transmission. En effet, ´A´isha chercha à plusieurs reprises dans ses propos à légitimer la succession de son père au califat. Elle est une autre fois la principale protagoniste du récit dans le hadith dit al ifk, l’affaire de la diffamation qu’elle relatera des années plus tard à son neveu28 en occultant ce qui ne serait être dit à un parent mâle au regard de la bienséance puisqu’elle se retrouva jadis en tant que jeune épouse calomniée d’adultère par Ali qui conseilla à son cousin de la répudier. Par ailleurs, elle accusa ultérieurement pour une autre affaire de ménage Marie la copte d’adultère, sans doute par jalousie avec un jeune homme lequel s’avéra être si l’on en croit le récit de la tradition, un homme...castré. En effet, Muhammad avait prié ‘Ali d’interroger l’individu en question afin de connaître sa version des faits. Or, ce dernier voyant approcher le hachémite d’un pas alerte prit peur et préféra grimper à un palmier. Lorsque ‘Ali se trouva finalement au pied de l’arbre il remarqua que l’homme n´était pas en mesure d´avoir des relations sexuelles et ne pouvait donc pas être le prétendu fornicateur.
Gregor Schoeler29 a étudié la complexité des dites chaînes de transmission isnad et de leur texte ou «isnad cum matin». Cette méthode est utilisée par l´auteur pour démontrer l´authenticité, la fiabilité des chaînes de transmissions et d’un autre coté l’étude du texte d’où se dégage un transmetteur ou un lien commun à ces chaînes, dans le cas contraire il peut établir avec certitude que nous sommes face à une forgerie. Bref, il appert que d´un auteur à un autre d´une époque à une autre interviennent inexorablement des modifications textuelles dont la portée sémantique n´est pas négligeable en soi. Toutefois, l´intérêt pour notre travail est ailleurs et nous ne rentrerons pas dans un travail aussi minutieux d’expert puisque nous ne sommes ni spécialiste ni compétent en la matière; de nombreuses études sur ce sujet précis tentent de mettre en lumière la pertinence de cette méthode d’investigation déjà utilisée un siècle plus tôt par Goldziher, Schacht Juynboll, etc, pour analyser les sources musulmanes, les réfuter ou approuver avec l’inévitable parti pris de l’auteur.
Cette méthodologie particulière appliquée aux sources de la tradition musulmane porte ses fruits puisqu’elle fait avancer le débat sur les recherches comme jadis pour les études bibliques.
A partir de postulats communs, les auteurs divergent sur leur interprétation des faits donc les conclusions; il y a parfois incompréhension méthodologique et à titre d’exemple Shoemaker30 versus Schoeler/Gôrke31...Les doctrinaires religieux imposent à la masse une version de l´histoire qui n´a pas à être discuter. Les universitaires quant à eux décortiquent la dite tradition comme Gregor Schoeler qui étudie les faits afin de légitimer ou non la fiabilité d’un hadith du fameux hadith al Ifk32 où le dit protagoniste qui transmet est lui-même acteur parti prenante dans cette affaire donc il est juge et parti. Peut on encore admettre une impartialité de fait à cet instant précis?! La question est légitime.
Adnan Ibrahim dans une de ses causeries, filmée dans sa mosquée à Vienne en Autriche, exposait à ses ouailles un hadith authentique de la tradition musulmane rapporté par l'imam Ahmed dans son musnad. Il surnommait l’imam ibn Hanbal: «le roi du ciseau». En effet, nous sommes restés sans voix à la lecture du hadith car il était incompréhensible, un pur charabia; or, il est considéré «sahih» et trouva sa place dans le Musnad de l’imam ibn Hanbal. Ce dernier est un acteur essentiel de l’orthodoxie sunnite outre qu’une école juridique porte son nom. Ici, la chaîne de transmission est hasan, bonne sauf pour Abi al Ja'd lequel est tout de même un intermédiaire fiable n’ayant pas personnellement assisté assurait l’imam ibn Hanbal:
« -Le rapporteur déclare que le calife ’Uthman appela des gens parmi les compagnons dont Ammar ibn Yassir. ‘Uthman dit:
- «je vous questionne et j'aimerais que vous me croyiez. Je vous le demande par Dieu, savez vous que le messager de dieu favorisait Quraych sur les autres gens et qu'il favorisait banu Hachim par rapport à Quraych».
Les gens n’opinèrent point et restèrent silencieux. Il continua:
- «si je possédais les clefs du paradis, je les aurais donné aux omeyyades pour qu'ils y entrent tous». ‘
Uthman envoya ensuite un message à Tahla et Zubayr. ‘Uthman dit: - Voulez vous que je vous parle de lui?».
A cet instant du récit on doit bien avouer notre perplexité car ce hadith n’a ni queue ni tête. Maintenant, ibn Hanbal parle de Ammar ibn Yassir ajoutant: ’Uthman dit:
«- je marchais avec le prophète main dans la main quand nous passâmes près de son père, sa mère et de ‘Ammar».
Adnan Ibrahim précise à l’intention de ses fidèles que cet épisode précis où « ils marchaient main dans la main» nous ramène aux débuts de la révélation coranique à la Mecque lorsque les plus pauvres des fidèles de Muhammad étaient torturés à l’instigation des aristocrates mecquois. Nous ajoutons au regard des sources sunnites que ‘Umar était l’un de ces bourreaux zélés. Adnan Ibrahim reprend donc sa lecture. Ibn Hanbal dit:
-(Qui?,’Ammar,‘Uthman?) «O Muhammad c'est comme ça que ça doit se passer? Le prophète répondit:
-«sois patient. O Allah, pardonne à la famille de Yasser et Tu l'as déjà fait !» Ainsi, se referme le hadith et comprenne qui pourra ce charabia. Adnan Ibrahim interroge alors ses ouailles: - «qu’est ce que cela nous montre? Le récit est altéré par l’imam Ahmed». D´où l´expression utilisée «roi du ciseau». Maintenant, Adnan Ibrahim reprend le même hadith mais d’un muhaddithun manifestement plus intègre, ibn Abi Shayba (m. 235 h) dans son Ta'rikh al Madina, Vol. 3 p.198. Le prédicateur commence le récit au moment où le calife ‘Uthman ibn Affan interroge les gens qui n’acquiescent pas à ses propos lequel affirmait ensuite «je leur donnerais les clefs, etc...» Voici, les parties manquantes du hadith avec les explications nécessaires à la bonne compréhension de toute l’histoire avec ses antécédents. ‘Uthman: -«et je les utiliserais malgré ceux qui détestent cela. ‘Ammar ibn Yasser:- et malgré moi?
‘Uthman:- Même malgré toi.
‘Ammar:- et même malgré Abu Bakr et ‘Umar?»
Une note d’ordre historique s’impose afin de clarifier les circonstances du hadith. Nous savons d’après les événements rapportés par la tradition musulmane que Abu Bakr et ‘Umar, les deux premiers califes, n'ont pas fait ce que ‘Uthman s'autorisa durant son règne. Le rappel impassible de ‘Ammar nous parachute de fait au moment de l’investiture de ‘Uthman dans la mosquée du prophète lorsque il jura à ibn Awf de gouverner selon le coran, la sunna du prophète et nous soulignons «la sunna des deux califes».
D’où la question de ‘Ammar: « -et même malgré abu Bakr et ‘Umar?». L’interrogation de ‘Ammar ibn Yasser confronte ‘Uthman ibn Affan à ses propres manquements et autres reniements flagrants lors son investiture. At-Tabari dans sa magistrale chronique universelle exposa en détails le déroulement complet de l’affaire. D’autre part, on peut consulter le Nahj al Balagha33, très populaire dans le monde musulman, écrit par un savant sunnite mutazilite afin d’avoir un autre point de vue sur l’esprit régnant alors dans la cité du prophète. Mais, retenons ici simplement le sermon n°3, le blatèrement du chameau34 en raison de son ton sulfureux où l’imam ‘Ali délivre à sa communauté une véritable confession intime d’une justesse implacable sur les agissements de ses prédécesseurs. Il utilise à dessein la métaphore animalière tribale de la chamelle plus que parlante pour son audience afin de dénoncer ce qu’il advint du califat à la mort du prophète sous les trois premiers califes et leurs stratégies politiques employées pour détourner le message coranique dans leur propre intérêt. Les sunnites adorent «la voie de l’éloquence» de Sharif ar Radi mais ne peuvent admettre le sermon n°3.
‘Ammar n’avait pas oublié comme du reste une majorité des protagonistes présents dans la mosquée du prophète lorsque ‘Uthman, 12 ans plus tôt s’exclama: -«par Allah, je le jure de gouverner selon le coran, la sunna du prophète et la sunna des deux califes». Alors, Ibn Awf mit sa main dans la sienne et lui prêta allégeance en tant que nouveau calife». Les propos de ‘Ammar eurent l’effet d’une piqûre de taon sur ‘Uthman lequel hors de lui bondit dessus et le frappa violemment au bas ventre. Al-Baladhuri pour sa part déclare dans son Ansab(...) que ’Uthman ordonna à ses hommes de le maintenir fermement et lui asséna un coup de pied chaussé dans les testicules. Cet incident est désastreux pour l’image du dit «calife bien guidé» et sa réputation. En effet, il est selon l’orthodoxie sunnite l’un des «10 promis au paradis, al achara al mubachchara».
Ces «coups de ciseaux» de l’imam Ahmed interviennent dans la droite ligne du «politiquement correct» comme on dirait de nos jours. Or, il est bon de rappeler que le troisième calife ne s'arrêta pas en si bon chemin dans les mauvais traitements. Il est responsable d´une corruption endémique qui a marqué son califat. Par ailleurs, il exila dans le désert hors de Médine le célèbre compagnon de basse condition sociale Abu Dharr, rejoint après coup par sa femme et sa fille. Tout 3 moururent de soif et de faim dans la plus indigne et anti coranique des solitudes.
At-Tabari change totalement l’esprit des faits en faisant d’Abu Dharr al Ghifari le quémandeur de son propre exil (sic) dédouanant ainsi le vieux calife de toute responsabilité dans cette mort infâme.
Où est la vérité?
La tradition sunnite dans le même temps ajoute que le vieux calife apprenant la mort du compagnon dans la plus ignoble des solitudes se morfondit dans la culpabilité. On voit donc encore une fois une multitude de versions contradictoires. D’autre part, ‘Uthman ibn Affan fit convoqué Ibn Mas'ud, un autre célèbre compagnon du prophète alors trésorier de Uthman à Kufa (653) à cette période pour être fouetté à Médine suite aux accusations de Zyad ibn abi Sufyan gouverneur de Kufa et par ailleurs frère de lait du calife. Cet homme craignait le vieil homme en raison de sa stature historique dans l´islam de Muhammad en tant que proche du prophète qui était de surcroît un lecteur du coran. Il avait sa propre recension coranique laquelle eut court dans cette ville jusqu’au X siècle du comput des nations. Ibn Ma’sud enseigna l’islam et ses préceptes aux habitants de cette cité aussi son aura était grande et était respecté de la masse des fidèles. Son tort fut de contester la politique du gouverneur lequel de surcroît ne remboursait pas sa dette astronomique au trésor public dont ibn Masud était en charge. Cependant, la tradition musulmane ne retient de ce gouverneur que sa conduite de la prière de l’aube en état d’ébriété avancé, vomissant même dans la mosquée. Notons que dans les débats actuels autour des débuts de l’islam très peu d’experts relèvent le destin malheureux de ces compagnons du prophète torturés exilés après la mort de Muhammad ibn Abdallah.
Leur point commun était d’une part, leur basse extraction sociale et d’autre part, leur loyauté indéfectible à ‘Ali donc à la famille du prophète, ahl ul bayt. Ces deux postulats expriment parfaitement cette réalité tribale du 7 siècle du comput des nations fondée sur l’inégalité sociale. Or, il appert que «l’islam» n’a pas encore pénétré les âmes et les cœurs de nombre de compagnons. Blasphème crie le censeur! Le niveau disproportionné des traitements infligés à des compagnons du prophète restés fidèles à la famille prophétique symbolise clairement la revanche de banu Abd Shams sur banu Hashim. L’aspect religieux reste totalement mineur dans cette configuration sociologique foncièrement politique. Avec les omeyyades au pouvoir, on note une revivification du mode tribal ancien dit jahiliyya au dépend de «l’islam» nouveau; en d’autres termes, on constate une élimination en règle des adversaires potentiellement et symboliquement «dangereux» pour le pouvoir en place qui d´autre part, prend une revanche sur l´histoire. En outre, on note une sorte de résurgence des traitements sordides disproportionnés des débuts du ministère apostolique de Muhammad à la Mecque selon le récit traditionnel sur les précaires sans généalogie glorieuse voire les clients du clan prestigieux à l’instar de ‘Ammar ibn Yasser et ses parents affiliés à banu Makhzum, Bilal l’abyssinien torturé par son maître ‘Umayya. L’islam ne pouvait pas en l’espace de deux générations éliminer des habitudes ancestrales enracinées dans l’inconscient collectif; n’en déplaisent aux salafistes pro wahhabites ne jurant que par cette époque bénie (sic) à croire qu’ils ne lisent pas leur propre patrimoine livresque. Ces faits sont ignorés volontairement des gestionnaires du sacré sunnites qui donc ne transmettent pas à leurs fidèles une histoire critique. Bilal fut torturé en raison de son alliance avec Muhammad et son dieu; autrement dit, il a manifestement enfreint les lois tribales et refuser de se plier au desiderata de son maître lequel avait tous les droits sur son esclave. Ainsi, Bilal était transgresseur. La tradition musulmane est élogieuse à son sujet car il est un symbole en tant qu’esclave abyssinien devenu le premier muezzin de l’histoire.
L’islam ultérieur institua une nouvelle «classe sociale» fondée essentiellement sur la religion avec le statut de compagnon35 du prophète auquel est attaché de surcroît le prestige d’enseigner le coran. Les faits évoqués ici sont de nature apologétique et tranchent avec la réalité tribale du 7 siècle. Abu Dharr, Bilal, Ibn Mas´ud sont des individus sans généalogie aussi, leur basse extraction social est la cause de leur traitement disproportionné. L’orthodoxie musulmane reste silencieuse sur les raisons de l’exil de Bilal après la mort du prophète. Pourquoi? Il ne cautionna pas le coup de force du triumvirat sur le califat aussi, il refusera de continuer à appeler les fidèles à la prière comme jadis au temps du prophète pour protester contre Saqifa et ses effets désastreux pour la famille de Muhammad. La punition tomba comme le couperet sur le col du condamné pour être resté loyal aux injonctions coraniques et prophétiques et à ahl ul bayt. En effet, Bilal était présent à Ghadir Khumm au retour du pèlerinage d’adieu comme des centaines de médinois (les prédicateurs chiites parlent plutôt de centaines de milliers...) qui tous (hommes et femmes) prêtèrent allégeance à ‘Ali tout comme les usurpateurs du triumvirat comme les appellent les ‘alides. Après cette longue digression somme toute nécessaire, revenons à notre hadith et à ‘Uthman qui fit donc envoyer un messager chez Tahla et Zubayr pour qu'ils se rendent chez 'Ammar afin de lui proposer trois choix de compensation pour s'excuser ou se faire pardonner pour l’agression subie injustement. «Ses remords étaient grands» nous dit Adnan Ibrahim cherchant en vain des excuses à ‘Uthman qu’il nomme «notre maître».
At-Tabari signale les conseils récurrents de 'Ali à ‘Uthman pour le convaincre d'ouvrir les yeux sur sa situation car le vieux calife était devenu un jouet entre les mains de Marwan et du clan omeyyade.
Pendant ce temps, Ammar ibn Yasser répondait aux deux messagers (Tahla & Zubayr):
- «Je n'accepterais aucune de ses trois propositions et lorsque je verrais le prophète de dieu, je me plaindrais de ‘Uthman auprès de lui.» Les deux hommes s’en retournèrent alors auprès du calife lui rendre compte de leur entrevue. C'est donc à cet instant que le calife s'adresse alors à ses deux émissaires:
- «je vais vous parler de lui; quand je marchais avec le prophète etc.» Nous discernons maintenant la trame du récit. Il est par ailleurs intéressant de lire le compte rendu de Tabari de la célèbre bataille de 'Uhud; cette dernière fut une amère défaite musulmane après l’euphorie de Badr, un an plus tôt. Le coran évoque ces deux batailles pleines d’enseignements à tirer pour celles et ceux qui choisirent d’entrer dans l’alliance de Muhammad et de son dieu. Or, comme à son habitude le mushaf reste muet sur les circonstances de la révélation, les acteurs sociaux jamais identifiés ni même leurs comportements. Ainsi on lira simplement «(...)ceux qui tournèrent les talons(...) quand le prophète les appelait au combat». Ils se défilèrent lorsque la situation à Uhud mais aussi Hunayn devint critique pour les musulmans. Il faut par conséquent consulter les sources secondaires que sont les récits des batailles, les chroniques, les biographies pour connaître l’identité des hommes, valeureux, poltrons, faux dévots, hypocrites prompts à renier la parole donnée ou bien à changer de camp. Ainsi, la débandade des muminum, croyants, à Uhud trouve son origine dans un ordre de Muhammad non respecté donné à ses 50 archers disposés en surplomb du champ de bataille, dit la tradition. Ils ne devaient pas quitter leur poste sous aucun prétexte en raison de leur position stratégique. Or, les trois quarts des archers voyant leurs compagnons d’infanterie faire du butin suite à l’écrasement des forces polythéistes délaissèrent leur poste et la contre attaque eut effectivement lieu changeant totalement la physionomie de la bataille. Dans la confusion des combats, un adversaire crut reconnaître le corps sans vie de Muhammad gisant sur le sol. Aussitôt, il cria à sa mort. La rumeur enfla et parvint aux oreilles des sahaba. A cet instant, les compagnons du prophète à l’exception d’une poignée d’irréductibles fidèles prirent leurs jambes à leur cou «atteignant pratiquement la mer rouge» ironisait le prédicateur36 chiite londonien. Certains des fuyards mirent trois jours pour retrouver Médine affirme Tabari lequel se fait visiblement violence en mentionnant ‘Uthman. En revanche, il ne dépasse pas les bornes admises en dévoilant l’identité de célèbres compagnons tels ‘Umar ibn al Khattab37 ou abu Bakr lesquels étaient régulièrement en fuite comme à Uhud, Hunayn etc selon les sources sunnites!
L’orthodoxie évite le sujet en dépit de l’historiographie musulmane très riche en rapports exhaustifs de batailles. Problème de taille, les akhbar ne mentionnent nulle part leur geste héroïque, leur bravoure sur le champs de bataille, le nombre de polythéistes tués au combat voire blessés de leur lame. Il n´y a rien.
Nous pouvons éventuellement essayer de colliger leurs vertus et qualités intellectuelles spirituelles mais en vain- an Nawawi dans ses 40 ahadith rapporte par le biais de Bukhari et Muslim que le prophète aurait surnommé Omar, abu Hafs, le lion, pour son courage et sa bravoure. Or, les faits sont tout autres piètre constat s´agissant des meilleurs des hommes. Cependant, «l’orthodoxie» sunnite remédia à cette réalité historique trop humaine voire banale et peu glorieuse en leur ciselant des portraits dithyrambiques correspondant mieux à l’idéal islamique du parfait compagnon qui plus est, promis au paradis par le prophète exaltant une indéfectible loyauté et amour (sic) de la famille prophétique.
1Ceci est inexact si l´on pense au travail monumental de Pierre Godé avec ses Arcanes du Tafsir de Tabari en 10 volumes. Etudes du point de vue de la foi musulmane
2 Khabar, pluriel akhbar
3. On note dans son tarikh par exemple des omissions sur des faits concernant Ali que l´on ne retrouve pas dans son Tafsir donc à certain moment de sa vie il devait s´auto-censurer pour assurer sa survie
4Ce hadith se trouve notamment dans le corpus de Tirmidhi lequel est l’un des six corpus canoniques sunnites.
5Ce hadith est dans Bukhari et abu Dawud par exemple
6 abu Bakr lui offrit le califat sans aucune autre forme de consultation populaire si ce n’est pour service rendu jadis à la saqifa. Par ailleurs, si abu ‘Ubayda ibn al Jarrah n’était pas mort prématurément ‘Umar lui aurait à son tour remit le califat à sa mort comme cela était logiquement convenu entre le triumvirat comme n’a pas manqué de le noter Tabari dans son Tar’ikh
7 Ibn Hanbal a vécu à l’époque d’al Ma’mun (813-833) le célèbre calife qui institua le mutazilisme comme doctrine officielle califale. Or, l’imam Ahmed fut un vigoureux imposant à cette doctrine et fut emprisonné torturé pour ses opinions notamment sur la célèbre controverse autour du coran créé ou incréé...
8Nous reviendrons sur différentes affaires bien connues plus bas
9Ahl al suffa, la tradition musulmane désigne les sans le sous, les démunis sans maison ni biens qui émigrèrent à Médine pour être au près du prophète. Ils dormaient sous un portique au sud de la mosquée attenant aux logements du prophète. Abu Dharr est l´un des célèbres compagnons, l´un des plus anciens.
10Voir le cas de Hallaj, célèbre mystique dont Massignon a consacré une œuvre magistrale en 4 tomes «la passion de Hallaj» Gallimard,
11durant le siècle omeyyade( 661-750), les conversions étaient rares en raison de la politique séculaire arabe de nature tribale de la dynastie dirigeante. En fait, il faudra attendre l´ère abbasside à partir de la révolution pour constater une entrée en masse des peuples conquis dans l´islam.
12. il fut fonctionnaire d´état au service des premiers abbassides, il est l´auteur du célèbre kalila wa dimna, une fable animale philosophique politique,«un miroir des princes» donnant au souverain les outils adéquats pour gouverner avec sagesse...
13 Adab: signifie aujourd’hui la littérature mais au 3 siècle de l’hégire l’adab est littéralement la pensée humaniste; l’adib est le gentilhomme ouvert sur toutes les connaissances de son temps. Voir l´ouvrage«l´humanisme arabe au X siècle, Mohammed Arkoun, Vrin. 1970
14 http://www.fondation-arkoun.org/videos/playlist_francais.html#yt-gal-17
hem – marrakech : « pour une sociologie de l’échec de la modernité intellectuelle en contextes islamiques » - le 20.3.2007
15 Histoire de l´islam et des musulmans en France du Moyen Age à nos jours, sous la directions de M. Arkoun
16 «L´occident médiéval face à l´islam, l´image de l´autre», Flammarion 1983 voire «Charlemagne et Mahomet» en Espagne VIII°-IX siècles Gallimard 2015
17. voir note 2 p.75
18Notamment les berbères, mot tiré de barbares...
19Khalid ibn Walid dit sayf al islam grand général musulman durant les guerres dite de l´apostasie et qui tua sans autre forme de procès un chef de tribu, compagnon, qui refusait de payer la dîme à abi Bakr qu´il ne reconnaissait pas en tant que son leader. Son épouse était fort belle aussi Khalid décapita l´homme et viola sa femme le jour même.
20 Rappelons que nous sommes dans une société tribale de culture orale où la parole donnée compte; d’ailleurs, le code chevaleresque ancestral bédouin, murruwa, honneur bravoure hospitalité est prépondérant dans cette culture.
21Ibn abd Rabah al Andalusi, al aqd al farid 4:259:«ceux qui refusèrent de donner allégeance à abi Bakr était Ali, Abbas, Zubyr, Sa´d ibn Ibadah. Les trois premiers se réunissaient dans la maison de Fatima. Abi Bakr fut au courant et envoya Omar chez elle pour les ramener auprès de lui afin qu´ils lui fissent allégeance. S´ils refusent de te suivre alors combat les» dit il. Umar sans succès alors s´enquit d´une torche pour mettre le feu à la maison c´est alors qu´il tomba sur Fatima qui lui demanda: O fils de khattab, tu veux incendier ma maison? Oui, à moins que vous reveniez à la raison». Tabari, tarikh 2:198; al Baladhuri ,Ansab al Aschraf,1:586; ibn Abil hadid, sharh nahj al balagha,2:119; tous rapportent ce récit édulcoré dans sa lettre et son esprit confirmant qde facto qu´ils sont face à un tabou...
22Muslim, les mérites de Fatima, 6308, abu Ma´mar me rapporte: Sufyan d´après ´Amr d´après ibn abi Mulayka d´après al Miswar ibn Makhrama: «Fatima est une partie de moi et ce qui lui porte préjudice me nuit»
23. dans «les trois piliers de l´islam», lecture anthropologique du coran, Seuil, 2016
24Ce qui n´est pas le cas des banu Umayya, Hashim, Mahzum, etc...
25 Une religion a besoin de temps pour s´institutionnaliser avec un dogme, une doctrine, ses traditions etc,. Ici on fait allégeance à un homme puissant qui militairement domine un vaste ensemble. En outre nombreux étaient présents à Ghadir où le prophète intronisa ‘Ali son cousin comme son successeur ce qui est un autre argument fondamental de cette culture tribale où il serait incongru que le pouvoir sorte de la famille pour atterrir dans l’escarcelle d’un clan étranger par ailleurs insignifiant au niveau de la tribu de Quraych
26Le parangon de cette escroquerie est certainement le célèbre abu Huraira qui compte à son actif plus de 16.000 ahadith ; honni sous les premiers califes, il deviendra sous mu´awiya riche et gouverneur
27. Sirat sayyedina, 1005, Abd ar Razzaq al-San´ani, al musannaf, éd.Habib al Rahman al A´zami, Beyrouth 1972, V,429-430 (Ma´mmar ´an al-Zuhri)
28. ´Urwa ibn az Zubayr (ca 649-712) est le fils du célèbre compagnon az- Zubayr b.al-Awwam et un des tout premiers «historiens traditionnistes» ; sa tante maternelle était ´Aischa ; un de ses frères était l´anti calife Abdallah ibn az-Zubayr ( 680-692)qui tua son propre père à la bataille du chameau en 656 car ce dernier décida de déserter la bataille reconnaissant son tort de combattre son cousin ´Ali, de s´être laissé manipuler...
29. Charakter und Authentie der muslimischen Ûberlieferung ûber das Leben Muhammad» en 1996 chez Gruyter // en anglais: Biography of Muhammad, nature and authenticity, Routledge Studies in classical Islam, edited by James E Montgomery 2011
30 «In search of Urwa’s Sira», some methodological issues in the quest for authenticity in the life of Muhammad, Der Islam,85,2 (2011)
31 Gôrke, Motsky, Schoeler» first century Sources for the life of Muhammad?, A debate», Der islam, 89, 1-2(2012)
32Voir notamment les diagrammes dans Gregor Schoeler du fameux hadith rapporté par les traditionnistes sunnites entre circa 710 et 750 de notre ère. Dont l´un est le neveu de ´A´isha….
33 Ce livre de sermons, lettres, aphorismes et autres paroles de sagesse de l’imam ‘Ali ibn abi Talib fut compilé par Al Sharif al Radi (359-406 H/ 970-1016)
34. Le sermon n°3 n’est pas inclus dans le corpus du Nahj al Balagha de Charif ar Radi traduit pour un public francophone par des éditions iraniennes en version bilingue français-arabe de 2008. En revanche il l’est dans une version antérieure....En effet, ce texte est très controversé car l’Imam ‘Ali délivre un véritable réquisitoire à charge contre les 3 premiers califes durant ces 25 années post coraniques.Cela va contre l´orthodoxie.
35 Les hulafâ’ et mawali dans la jahiliyya, différends des esclaves affranchis après les conquêtes musulmanes, dénommés aussi mawali ayant un statut subalterne sans réelle identité que celle de la tribu arabe à laquelle ils étaient rattachés. Alors que les hulafâ’ de la jahiliyya gardaient eux leur identité tribale et jouissaient d’une certaine considération. Source Hichem Djaît d’après Goldziher in Muslim studies
36 D. Sayyed Ammar Nachwanni, universitaire et acteur social brillant engagé dans sa communauté- dans sa causerie sur la bataille de Uhud.
37 Un récit intéressant est rapporté dans un texte ancien de la tradition chiite colligé édité par le prof. Abbas al Qummi, traduit par Michael D. Vasram de l’anglais au français dans bayt ul ahzan, la demeure des douleurs sur le site internet wordpress «les chevaliers de la wilaya»: nous sommes au moment de saqifa où les ansar se réunirent en privé mais un groupe de migrants avec à leur tête le triumvirat s’invita sans y être convié d’où confusion et précipitation. Puis, Qays ibn Sa’d dit à Umar qui voulait s’en prendre à son père malade, alité: «- Par Allah, fils de Sahhak ! tu es celui qui fuit les batailles dans la peur, mais parmi les gens ordinaires en temps de paix, tu te comportes comme un lion! Si tu touches ne serait-ce qu’un seul cheveu de la tête de mon père, alors je te broierais le visage de telle sorte que tes os soient visibles!» mais nous reviendrons sur le sujet au chapitre 4. Enfin, nous dirons que de tels propos ne peuvent être qu´une forgerie pour le censeur sunnite...
Commentaires
Enregistrer un commentaire